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  • : Une pigeonne, c'est à la fois une bonne poire, et une journaliste qui essaie de placer des "piges", c'est à dire des articles dans plein de journaux différents. Une pigeonne, c'est les deux à la fois. Une pigeonne, c'est moi, donc.
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Samedi 25 février 2006

Je sais ça peut paraître surprenant (toujours moins que le fait de vouloir être Dominique Chapatte, non ?) mais c'est comme ça, et ça ne date pas d'hier en plus ! A 18 ans j'étais déjà au premier rang des concerts de Forguette Mi Note, groupe dans lequel Claire officiait en tant que chanteuse. C'était un de ces spectacles, les concerts de Forguette, j'en ressortais toujours ébahie et limite déprimée tellement c'était bien. Déprimée que ce soit déjà fini. Et aussi de ne pas être sur scène avec eux. Plus qu'un concert c'était toujours une performance.
Le percussionniste semblait complètement possédé, il tapait sur tout ce qui lui tombait sous la main, faisait des sons avec n'importe quoi, triturait ses cymbales et son gong pour faire entrer le spectateur, et lui-même, dans une sorte de transe. La violoniste, sautait à pieds joints en réussissant quand même à jouer des notes justes… quand le but n'était pas simplement de nous faire grincer des dents en produisant des sons stridents. Le contrebassiste, modèle de calme dans cette furie, semblait caresser sa contrebasse avec le plus grand soin. Et Claire dans tout ça fascinait avec sa voix. Car la voix de Claire c'est quelque chose. D'indéfinissable tellement c'est bien. A l'époque de Forguette, elle la triturait au point de lui faire mal. Elle montait très haut, s'approchant du chant lyrique. Elle hurlait très fort. Voire elle sortait parfois des sons de gorge très étranges, des trucs qu'elle était sûrement la seule à savoir faire.

Comme si ça ne suffisait pas, Claire est belle. Les yeux clairs, les cheveux bouclés, la silhouette fine… elle a tout pour elle.
Pour couronner le tout, elle a l'air vachement sympa.

Avec toutes ces qualités mises bout à bout, en bonne fille qui se respecte, je devrais la détester. C'est vrai quoi, on n'a pas idée d'être aussi gâtée par la nature. C'est pas juste.  En plus, maintenant qu'elle est seule en scène, et seule pour faire son album "Boucle", le succès commence à lui sourire. Normal, c'est tellement bien. Elle a appris à chuchoter, à chanter à l'oreille de l'auditeur. Elle peut toujours monter dans les aigus mais elle a su adoucir sa voix. Elle est toujours aussi belle, dix ans après Forguette. Ses concerts sont des petits bijoux, des écrins de sensualité avec parfois un reste de sauvagerie.

 
Bref, Claire Dit Terzi est une artiste formidable.

En même temps, si j'étais Claire Dit Terzi, je ne pourrais pas aller la voir sur scène, et me laisser emporter par cette voix magnifique. Ce serait moi. Je louperais quelque chose…

Vendredi 24 février 2006

Tout le monde connaît la Route du Rock, ce festival d'été à la programmation très pointue qui se tient tous les ans à Saint Malo. Mais la Route du Rock version hiver, personne n'y était ! Moi si ! C'était le week-end du 17 et 18 février, et avec trois copains, journalistes et photographes, on y est allé. On voulait pouvoir dire "On y était !" vu que c'est la première édition de la déclinaison hivernale. Comme j'étais accréditée en tant que photographe, j'ajoute ici quelques photos de l'événement.




A gauche, la chanteuse de Villeneuve, un groupe à la pop élégante.








A droite, le chanteur de The Nits, un groupe de chansons folk assez agréables mais surtout un réel plaisir de les voir s'amuser à ce point sur scène!







L'un des chanteurs des Test Icicles (ils sont trois à se partager le micro et les instruments). Un show epoustouflant, une énergie digne des années punk...












Pour finir, The Battle, groupe new yorkais de post-rock aux sons répétitifs qui virent à l'électro. Impressionnant!



Comme je trouvais que ça manquait de photos sur ce blog, ça tombe bien. Et puis ça prouve que je ne passe pas tout mon temps à écrire des articles pour La Pigeonne... la semaine seulement, le week-end, je bosse !
Jeudi 23 février 2006

En feuilletant un gratuit, j'ai trouvé l'annonce d'emploi de mes rêves. Lisez plutôt : "Quand vous étiez petit vous aspiriez sûrement à une vie un peu plus excitante". Oui. Enfin… Je pensais surtout que je serais mariée, trois enfants, et riche comme Crésus. Que j'aurais plein d'animaux (quand j'étais petite je voulais être vétérinaire), que j'écrirais des best-sellers (quand j'étais petite je voulais être écrivain), ou que je serais journaliste (quand j'étais petite je voulais interviewer des stars… en même temps, ça, c'est fait.).


"Vous rêviez peut être de devenir un aventurier, à l'instar d'Indiana Jones ...". Non, mais être mariée à Indiana, oui, ça je voulais bien quand j'étais petite. Maintenant ça me tente moins, un mec qui n'est jamais là qui risque sa vie tout le temps, qui en plus drague toutes les filles qu'il croise grâce à son fouet, non, je vivrais plus moi, j'en dormirais pas de la nuit de savoir mon homme parti à l'autre bout du monde avec une autre que moi à son bras…

"... Un danseur étoile de renommée mondiale ou même de faire partie de l'élite des pilotes de chasse". Euh… Non. Mais je me demande bien où ils veulent en venir.

"Dans tous les cas vous vous attendiez probablement à une vie plus palpitante que celle que vous vivez actuellement". Oui on va pas remuer le couteau dans la plaie pendant des heures non plus. Admettons. "Et bien voici votre chance de réaliser vos rêves et de faire quelque chose qui plairait à l'enfant qui sommeille en vous". C'est alléchant comme proposition, jusque là ça fait quand même super envie, enfin moi ça me titille en tout cas… "TrucMuche est actuellement à la recherche de deux personnes jeunes et talentueuses" (ça veut dire quoi, jeune ? C'est bon si on a plus de 25 ans ou pas ?) "pour son nouveau département KickAss". Ah, d'accord c'est une blague en fait. "Ce n'est pas une blague, nous possédons réellement un département KickAss et nous cherchons bien un candidat pour le poste de Junior Lucky Bastard". Je reste sans voix. Et ce n'est pas fini :

"Le job est tout ce qu'il y a de plus simple :
Vous serez payé pour faire le tour du monde, trouver des trucs sympa les filmer et les mettre sur un blog, ceci pendant 55 jours". A ce stade, mon cœur bat à tout rompre. C'est où que je signe ? J'en tremble sur mon clavier en recopiant l'annonce. C'est exactement ce qu'il me faut, j'ai le profil, j'adore voyager, je sais tenir une caméra, prendre des photos, j'aime trop faire des trucs sympa !

"Les candidats retenus seront chargés de nous fournir des images, collectées dans des lieux intéressants et exotiques du monde entier, qui viendront illustrer notre nouvelle campagne (...) Ils devront également faire preuve d'une aptitude à communiquer avec de parfaits étrangers, à faire des trucs stupides dans des endroits inconnus, à rester en vie et à respecter la règle d'or : le FUN !". C'est pour moi, c'est pour moi ! Des trucs stupides c'est encore mieux que des trucs sympas. Et puis j'aime trop rencontrer des gens, même si je ne comprend pas ce qu'ils me disent, je suis forte pour le langage des mains, j'aime pas le téléphone je suis timide au téléphone, mais en face, avec les mains, je suis super à l'aise, le système D c'est mon truc, et puis rester en vie c'est mon truc aussi je ferais bien attention, promis. FUN, c'est mon deuxième prénom. Je veux ce job !

"Pensez-vous posséder toutes les qualités nécessaires pour ce poste ?". Oui msieur, oui c'est moi que vous cherchez, je possède toutes les qualités nécessaires, c'est moi ! Junior Lucky Bastard c'est moi.

"Voulez vous faire mourir d'envie tous vos pairs ?". Oh oui ! J'adore ! J'adore faire mourir d'envie tout le monde, c'est mon truc de faire mourir d'envie mon entourage. J'ai le profil, c'est moi je vous dis !

"Vous tarde t-il de dire à votre patron où il peut se mettre sa mauvaise foi et changer de job ?". Yes ! Si j'avais un patron sûr que je ferais ça. Je rentrerais dans son bureau, d'un pas décidé et je lui balancerais cette merveilleuse annonce au visage, et je lui dirais : "tu vois ta mauvaise foi, hein, tu sais où tu peux te la mettre ta mauvaise foi ?". Voilà ce que je lui dirais à mon patron, et je claquerais la porte en sortant pour parfaire mon petit effet. Toc !

"Aucune expérience n'est requise !". Je signe ! C'est mon futur job. J'ai trouvé ma reconversion. Plus fort que la vie de pigiste, encore mieux que mes rêves d'enfant, salut Indiana je me tire !

Il y a un site Internet à la fin de l'annonce, c'est là qu'il faut postuler. Je n'en dirais pas plus, pas folle, tout le monde va y aller sinon…

Mercredi 22 février 2006

Mon gros problème je l'avoue, c'est la timidité. Comment réussir à se vendre quand on est timide ? That is the dilemme ! Parce qu'on m'avait pas prévenue moi que pour être pigiste il fallait savoir se vendre. Bon, en même temps je suis naïve, j'aurais dû le savoir, il suffit de lire les journaux pour s'apercevoir qu'il y a plein de journalistes qui ne savent pas vraiment écrire. Qui savent faire une enquête, exposer les faits mais faire de beaux papiers, bien rédigés avec du style et tout, non.  Je me suis faite arnaquer. Si j'aurais su j'aurais pas venue comme dirait l'autre.

Que je vous explique. Pour être pigiste il faut tout d'abord avoir une idée d'article et l'idée du journal à qui la vendre. Ensuite, il faut contacter le dit journal pour lui proposer l'idée. Lui en dire juste assez pour qu'il ait envie de la publier, mais pas trop pour qu'il vous la pique pas (on ne sait jamais, c'est pas parce qu'on est journaliste qu'on est honnête). Il faut aussi que le journal en question accepte d'embaucher des pigistes, ce qui par les temps qui courent est tout de même assez rare. Il faut aussi proposer l'idée au bon moment, dans les délais de bouclage du journal, et faire attention à ne pas proposer un article qui a déjà été fait le mois précédent, sinon ça craint. Ce qui implique donc de lire toutes les publications auxquelles on téléphone. Enfin, si toutes ces conditions sont remplies, il faut rédiger le papier, dans le style du journal en question bien sûr…

Dit comme ça ça parait déjà super dur (non ?). Mais le plus dur pour moi, c'est pas l'idée, c'est le téléphone. Le décrocher, appeler, parler, et vendre. Une vraie galère ! Depuis que j'essaie de me vendre, ça fait pas très longtemps je vous rassure, je me coache moi-même. Ca commence dès le matin. Paf j'ouvre les yeux. Paf ma première pensée c'est "aujourd'hui tu vas décrocher ton téléphone, tu vas appeler Moumph magazine, et tu vas leur vendre ta super idée de la mort qui tue". Paf je prends un café pour mettre tous mes neurones bien en place. Paf, je sautille un peu sur place pour me donner du courage, je fonce sous la douche pour être en condition optimale, je chantonne pour me faire la voix. Sortie de là je suis fin prête. Je regarde mon téléphone… hum, je revois mes notes d'abord. Je peaufine mon idée d'article… je relis le magazine Moumph… je renote les coordonnées du chef de rubrique… en cherchant bien je trouve son mail. Tiens si j'envoyais un mail pour proposer mon idée, et puis je le relance la semaine prochaine ? Paf, j'envoie un mail...

C'est lâche, hein ?
Oui j'ai honte…

Mardi 21 février 2006

Ca fait pas une semaine que ce blog existe et déjà il me prend tout mon temps. Ou presque. Non mais franchement, un blog, c'est un sacerdoce. Une fois qu'il est ouvert on est obligé de mettre des articles en ligne régulièrement, pour fidéliser le lecteur, lui donner envie de revenir, d'en parler à ses copains. Et surtout pour que quand il revient le lecteur, il y ait de nouveaux articles, parce que si c'est toujours les mêmes, il ne reviendra plus, il se lassera, il m'abandonnera lâchement. Bref. Ca prend vachement de temps un blog, je m'en rends compte maintenant.

Tenez, l'autre jour, j'hésitais à téléphoner à un magazine féminin pour leur proposer une pige. J'ai une idée, même plusieurs pour un, ou plusieurs, magazines féminins, mais je n'ai pas de contacts particuliers avec eux et je n'ai jamais fait de piges pour la presse féminine. Bref. La seule solution dans ces cas là, c'est de prendre son téléphone, sa plus belle voix, professionnelle mais pas mielleuse, sûre d'elle mais pas directive, tout un art quoi, il faut donc prendre son téléphone, demander à parler à la chef de rubrique concernée et essayer de vendre sa merveilleuse idée que personne n'a eue avant et qui convient tellement bien au lectorat de ce magazine en particulier et pas de ses concurrents bien sûr. Ouf. J'en étais là, à regarder mon téléphone, téléphonera, téléphonera pas, je m'exerçais la voix "Allo ?", "Allô ?", "Allo !", je répétais mon texte quand soudain j'ai pensé à mon blog. Là comme ça, en pleine préparation psychologique de phoning. J'ai pensé à mon blog et au fait que je n'avais pas mis d'articles en ligne depuis deux jours au moins. Au fait que mes lecteurs n'allaient pas revenir. Qu'ils seraient déçus. Que je ne pouvais pas leur faire ça.

Bilan : j'ai lâché le téléphone et j'ai écrit un nouvel article pour La Pigeonne. C'est pas comme ça que je vais devenir la nouvelle Tina Kieffer, mais au moins je me sens en paix avec moi-même (rapport à mon blog en tout cas, parce que rapport à mes piges c'est moyen, on est d'accord…).

Lundi 20 février 2006

L'autre jour, je regardais dans mes tiroirs, ça m'arrive parfois, de vérifier si je ne trouve pas des perles oubliées là il y a longtemps, des textes écrits à l'adolescence, période où mon génie s'exprimait pleinement sans que personne ne soit au courant mais sûr et certain d'être reconnu un jour à sa juste valeur. Forcément. Bref, je regardais dans mes tiroirs et j'ai trouvé une perle que je ne me souvenais même pas avoir un jour mise là : un classeur rempli de "Mon Œil", la chronique d'Alain Rémond à l'époque où il était encore chez Télérama. Des "Mon Œil" plein le classeur. De 1988 à 1995 ! Pourquoi me suis-je arrêté à 1995, mystère. Comment j'ai fait pour commencer si tôt (en 1988 j'étais ce qu'on appelle une pré ado), mystère aussi. Toujours est-il que ces chroniques sont là, et qu'elles sont très drôles à lire. D'abord parce qu'Alain Rémond est mon dieu et maître, qu'il est certainement celui qui m'a donné envie d'écrire, et que donc, il écrit super bien sinon ce ne serait ni mon dieu ni mon maître c'est normal… Ensuite parce qu'il y parle d'émissions disparues comme "N'oubliez pas votre brosse à dents", une vraie petite merveille du service public qui essaie de ressembler à TF1, ou d'une émission d'histoire présentée par Jean Dormesson dont je n'ai absolument aucun souvenir, ou encore d'Arthur et ses indéboulonnables "Enfants de la télé" (le mieux étant l'illustration de l'article où l'on voit Arthur avec ses grosses lunettes). Des articles qui remettent les souvenirs en place, éveillent un brin de nostalgie ou arrachent de bons éclats de rire (si si, j'ai vraiment ri en relisant ces chroniques télé, pas dans ma tête, j'ai ri en faisant du bruit, comme devant un copain qui me raconterait une bonne blague).

Là où j'ai ri aussi, décidément la semaine commence bien, c'est en lisant le portrait de Libé sur Hubert Delarue, avocat d'Outreau. Ca ne parait pas drôle dit comme ça, on n'imagine pas qu'on va se fendre la poire en lisant le portrait d'un avocat d'Outreau. Outreau c'est pas ce qui est arrivé de plus marrant ces derniers temps. Et pourtant, si. Non pas que l'histoire d'Hubert soit spécialement marrante mais la manière de la raconter, si. Je sens bien que les mauvaises langues vont se dire que mon jugement a été influencé par la signature du papier, que maintenant on ne peut dire que du bien de Florence Aubenas. Mais non. D'abord je ne la connais pas personnellement, ensuite je n'avais jamais lu aucun de ses articles, et enfin je n'ai jeté un œil sur la signature que parce que je trouvais ça tordant ! Florence Aubenas fait des effets de manches comme l'aurait fait un avocat lors d'une plaidoirie. Elle raconte l'histoire d'Hubert Delarue en maintenant le suspens, en faisant sursauter l'auditoire, en faisant rire et pleurer les jurés (les lecteurs). C'est tout simplement fantastique à lire. C'est très fort. Ecrire un portrait comme on dirait une plaidoirie c'est génial. Je n'irais pas jusqu'à la comparer à mon dieu et maître, mais tout de même je m'incline bien bas et j'acquitte qui elle veut !

 

L'article de Libé est disponible en ligne une petite semaine (après c'est payant)

Vendredi 17 février 2006
Il y a quelques semaines déjà, je suis tombée sur Tout le Monde en Parle. Muriel Cerf venait y faire la promotion de son nouveau livre « Bertrand Cantat ou le chant des automates ». Sur le plateau, Lio, estampillée meilleure amie de Marie Trintignant, n’avait pas laissé Muriel Cerf en placer une. Blessée par sa seule présence. Ecorchée par son désir de comprendre Bertrand Cantat. Faire un roman de ce que l’on a coutume d’appeler le « drame de Vilnius » est en soi assez étrange. En faire un récit à demi autobiographique est encore plus bizarre . Sur le plateau de tout le monde en Parle, sous l’œil contrit d’Ardisson qui comprend bien la colère de Lio mais qui comprend aussi le désarroi de Muriel et qui souhaite alimenter le débat, Muriel Cerf petite femme menue, aux yeux égarés, tente de faire comprendre sa démarche.
Elle même a failli être tuée par son compagnon. Elle a échappé à la mort parce que ce dernier a été pris d’une crise d’épilepsie pendant qu’il la frappait. Muriel est toujours avec ce même compagnon. Ils s’aiment. Pourtant elle aurait dû mourir sous ses coups. Muriel Cerf comprend Bertrand Cantat. La folie de son geste. Son amour pour la femme qu’il a pourtant tuée. Muriel et Bertrand ont un vécu commun. Alors Muriel écrit sur Bertrand, imagine ce qui s’est passé à Vilnius, dans la chambre d’hôtel. Imagine l’engrenage, la jalousie qui s’insinue dans le cerveau de l’amant, qui masque tout, qui pousse au crime. Muriel comprend. Elle essaie de le dire à Ardisson, à Lio, au public de Tout le Monde en Parle, aux spectateurs de l’émission. Mais elle ne peut pas en placer une ; son regard est perdu. Sa bouche tremble. Lio tremble aussi de tout son être en face d’elle. L’attaque de vouloir comprendre Bertrand Cantat. L’attaque aussi d’être resté avec cet homme qui a voulu la tuer. L’attaque au nom de toutes les femmes battues, de toutes les femmes tout court. Muriel Cerf ne dit plus rien. Elle s’en ira, frêle, un pas après l’autre, soutenue par une assistante. Faible mais bouillonnante. Muriel Cerf a écrit. Sur Bertrand mais avant tout sur elle-même. Pour se libérer ; Parce que personne n’a compris qu’elle reste avec son amant. Elle a écrit à Bertrand. Il lui a répondu. L’espace de quelques lettres ils se sont sentis proche, rassemblés par le même vécu terrible.

Je suis en train de lire « Bertrand Cantat ou le chant des automates ». Je suis aussi une grande fan de Noir Désir. Je les ai vu plus de dix fois sur scène depuis mes 16 ans. J’ai aussi rencontré Bertrand Cantat, en mai, deux mois avant qu’il ne fasse ce geste fatal. Je n’ai pas le même vécu que Muriel Cerf avec Bertrand. Je ne le connais pas mieux qu’elle. Je n’ai qu’une perception, assez précise d’ailleurs, mais très personnelle, du personnage. Le livre de Muriel Cerf est étrange, dérangeant, gênant même parfois, dans ses certitudes, dans ce qu’elle imagine des pensées de Bertrand, des derniers instants du couple à Vilnius. Il est parfois très beau parce qu’il fait écho à ma perception de l’homme. Mais les reflets qu’elle y voit de sa propre expérience ne sont peut être qu’un miroir déformant…. Muriel Cerf aurait dû rencontrer Bertrand, mais la rencontre n’a jamais eu lieu. Sa correspondance avec lui a pris fin au bout de quelques lettres. De son histoire, de cette histoire, de leur histoire, elle a fait un roman. Autobiographique mais pas biographique. Juste un roman…
Vendredi 17 février 2006
La vie de chercheur d’emploi est souvent encore mieux que la vie de pigiste. Pleine de rebondissements, de surprises, de coups au cœur même ! Il se passe des trucs étonnants dans la vie d’un chercheur d’emploi… et encore je ne parle pas des stages proposés par l’ANPE (voir à ce sujet cet excellent article : CQFD).
Moi par exemple, je trouve la vie de pigiste exaltante mais je cherche quand même un emploi stable, juste histoire d’expérimenter l’ennui de la vie de bureau, la monotonie de recevoir chaque mois la même fiche de paye, l’angoisse de la sécurité quoi ! Je suis une aventurière. Bref… Pour assouvir ma quête de nouveauté, je réponds donc très régulièrement à des annonces d’emploi. Rédactrice, chef de projet, lectrice, journaliste… je fais tout. La plupart du temps je ne reçois pas de réponse. Mais parfois j’ai de bonnes surprises. Par exemple je rentre chez moi je regarde dans ma boite aux lettres et là je m’aperçois que j’ai une lettre. Une réponse négative ! Bien formulée et tout. Mais le mieux c’est que des fois je reçois plusieurs lettres, du même recruteur, pour me dire la même chose, tout aussi bien formulée. Exactement la même lettre trois fois de suite, à quelques jours d’intervalle venant de la même société, à laquelle je n’avais écrit qu’une seule fois, moi, indigne. D’aucuns diraient que c’est du harcèlement, moi j’ai trouvé ça plutôt sympa qu’ils pensent si souvent à m’écrire.

Mieux que ça, l’autre jour je réponds à une annonce, persuadée que j’avais le profil idéal. Dix minutes plus tard je reçois un mail du recruteur m’indiquant son refus. Wahou ! Ni une ni deux je renvoie un mail pour exprimer mon étonnement, et du refus, et de la réponse si rapide. Et bien il m’a rappelé le recruteur. Pour m’expliquer par A + B que vraiment non je n’avais pas le profil et que franchement je ferais mieux de ne pas trop la ramener. C’était trop chouette, un dialogue si franc, si direct, si sympathique. Un recruteur si désireux de m’aider à mieux répondre à des annonces. Pour fêter ça je me suis enfilé tout un paquet de gâteaux bien beurrés, à peu près autant de cigarettes, et j’ai regardé deux épisodes de Buffy contre Les Vampires d’un coup (ceux où elle tue Angel, redevenu gentil, mais bien obligée puisqu’il a ouvert la bouche de l’enfer… le destin d’une tueuse est pire que celui d’une pigiste chômeuse !)
 

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