Il y a quelques semaines déjà, je suis tombée sur Tout le Monde en Parle. Muriel Cerf venait y faire la promotion de son nouveau livre « Bertrand Cantat ou le chant des automates ». Sur le plateau, Lio, estampillée meilleure amie de Marie Trintignant, n’avait pas laissé Muriel Cerf en placer une. Blessée par sa seule présence. Ecorchée par son désir de comprendre Bertrand Cantat. Faire un roman de ce que l’on a coutume d’appeler le « drame de Vilnius » est en soi assez étrange. En faire un récit à demi autobiographique est encore plus bizarre . Sur le plateau de tout le monde en Parle, sous l’œil contrit d’Ardisson qui comprend bien la colère de Lio mais qui comprend aussi le désarroi de Muriel et qui souhaite alimenter le débat, Muriel Cerf petite femme menue, aux yeux égarés, tente de faire comprendre sa démarche. Elle même a failli être tuée par son compagnon. Elle a échappé à la mort parce que ce dernier a été pris d’une crise d’épilepsie pendant qu’il la frappait. Muriel est toujours avec ce même compagnon. Ils s’aiment. Pourtant elle aurait dû mourir sous ses coups. Muriel Cerf comprend Bertrand Cantat. La folie de son geste. Son amour pour la femme qu’il a pourtant tuée. Muriel et Bertrand ont un vécu commun. Alors Muriel écrit sur Bertrand, imagine ce qui s’est passé à Vilnius, dans la chambre d’hôtel. Imagine l’engrenage, la jalousie qui s’insinue dans le cerveau de l’amant, qui masque tout, qui pousse au crime. Muriel comprend. Elle essaie de le dire à Ardisson, à Lio, au public de Tout le Monde en Parle, aux spectateurs de l’émission. Mais elle ne peut pas en placer une ; son regard est perdu. Sa bouche tremble. Lio tremble aussi de tout son être en face d’elle. L’attaque de vouloir comprendre Bertrand Cantat. L’attaque aussi d’être resté avec cet homme qui a voulu la tuer. L’attaque au nom de toutes les femmes battues, de toutes les femmes tout court. Muriel Cerf ne dit plus rien. Elle s’en ira, frêle, un pas après l’autre, soutenue par une assistante. Faible mais bouillonnante. Muriel Cerf a écrit. Sur Bertrand mais avant tout sur elle-même. Pour se libérer ; Parce que personne n’a compris qu’elle reste avec son amant. Elle a écrit à Bertrand. Il lui a répondu. L’espace de quelques lettres ils se sont sentis proche, rassemblés par le même vécu terrible.
Je suis en train de lire « Bertrand Cantat ou le chant des automates ». Je suis aussi une grande fan de Noir Désir. Je les ai vu plus de dix fois sur scène depuis mes 16 ans. J’ai aussi rencontré Bertrand Cantat, en mai, deux mois avant qu’il ne fasse ce geste fatal. Je n’ai pas le même vécu que Muriel Cerf avec Bertrand. Je ne le connais pas mieux qu’elle. Je n’ai qu’une perception, assez précise d’ailleurs, mais très personnelle, du personnage. Le livre de Muriel Cerf est étrange, dérangeant, gênant même parfois, dans ses certitudes, dans ce qu’elle imagine des pensées de Bertrand, des derniers instants du couple à Vilnius. Il est parfois très beau parce qu’il fait écho à ma perception de l’homme. Mais les reflets qu’elle y voit de sa propre expérience ne sont peut être qu’un miroir déformant…. Muriel Cerf aurait dû rencontrer Bertrand, mais la rencontre n’a jamais eu lieu. Sa correspondance avec lui a pris fin au bout de quelques lettres. De son histoire, de cette histoire, de leur histoire, elle a fait un roman. Autobiographique mais pas biographique. Juste un roman…
par Cécile Blanchard
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Chroniques : tout, rien, n'importe quoi