J'avais déjà dit ici que ce n'était pas mon genre de vous conseiller des livres. J'avais dit "une fois n'est pas coutume, je vais vous parler de Culture (la majuscule n'est pas une faute de frappe)". Je l'avais dit pour Les Pilules Bleues, je l'avais pensé en écrivant ma chronique impossible de Lunar Park. En même temps, comme je suis une grande lectrice (une dévoreuse de livres serait même plus juste comme qualificatif pour mon cas), il est un peu normal que certains bouquins me marquent. Au point de vous en faire l'article. Et ce livre là, je vous préviens, fait désormais partie de mon top 10.
C'est un livre extraordinaire. Un livre comme on en lit peu. C'est un livre qui vous emporte, vous embarque dans son style, dans son histoire. C'est l'histoire d'Oskar, 9 ans, qui a perdu son père dans les attentats du 11 septembre. C'est l'histoire d'Oskar, un enfant surdoué qui, pour tenter de faire le deuil de son père subitement disparu, part dans un grand jeu de piste dans New York. Oskar cherche son père, tout en sachant qu'il ne le trouvera pas. Oskar cherche à comprendre, cherche à se rapprocher de celui qui, la veille encore, lui lisait une histoire, et lui avait dit "à demain". Un père qui lui organisait des jeux de pistes, lui soumettait des énigmes, parce qu'il le savait supérieurement intelligent. Alors Oskar, après avoir trouvé une mystérieuse clé et un papier avec le mot "Black" écrit dessus dans le dressing de son père, part résoudre l'énigme, persuadé que c'est un ultime jeu de piste. Oskar a une mère inconsolable qui tente de trouver le réconfort auprès de Ron, et à laquelle il ne dit rien de ses recherches pour ne pas l'inquiéter. Oskar a une grand-mère qui l'aime à la folie et vit seule dans l'immeuble d'en face. Oskar n'a pas de grand père car celui ci est parti avant la naissance de son père. Encore un disparu.
Extrêmement fort et Incroyablement près suit les pérégrinations de cette famille atypique, remonte dans le passé jusqu'aux grands parents d'Oskar, jusqu'à Dresde en période de guerre, et suit le petit garçon dans le présent. Et c'est lui qui raconte, cet enfant qui utilise des mots d'adulte avec une voix de gamin, qui sait plein de choses, même ce qu'il aurait préféré ignorer, parce qu'il surfe beaucoup sur Internet, qui a plein de névroses parce que la vie ne l'a pas gâté. Oskar ne s'habille qu'en blanc, ne prend pas le métro, ne monte pas dans les immeubles trop élevé, ne prend pas l'ascenseur, ne mange pas de viande, tient des cahiers dans lesquels il classe les images des événements de la journée, dort peu et prend des photos avec l'appareil de son grand-père inconnu. Extrêmement fort et incroyablement près c'est une histoire magnifique dans un style incroyable. Un genre de saga familiale maquillée en quête désespérée. Ou une quête du père, des racines, déguisée en jeu de piste grandeur nature. Extrêmement fort et incroyablement près est magnifique aussi parce que, loin d'être triste, c'est au contraire souvent amusant. Drôle et émouvant. Un vrai tour de force pour une histoire de deuil.
Extrêmement fort et incroyablement près est écrit par Jonathan Safran Foer, 31 ans au compteur et déjà plusieurs romans à son actif. Le premier traduit en France, Tout est illuminé (sorti en 2002), a déjà été adapté au cinéma. Le second, bonne nouvelle, vient de sortir en poche. Vivement le troisième !