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Jeudi 26 octobre 2006

L'autre jour, je regardais Star Academy et j'ai eu comme une révélation : c'est fou ce qu'ils ont pu nous faire avaler en six ans, je me suis dit. Là, comme ça, paf, ça m'est venu d'un coup. Je me suis rappelé les premières années de Star Academy et à quel point tout avait changé, pas seulement dans le paysage musical français, ça non, ni dans le paysage audiovisuel français, non plus, mais dans notre manière de regarder la Star Ac'.

Je me suis souvenu, donc, des premières années de Star Academy. La première année, j'avais regardé ça d'un œil distrait tout d'abord. J'avais été affligée par le "prime" et par le niveau des candidats. La première de la classe, Jenifer, chantait alors vraiment très faux. Le château n'était pas encore redécoré à la sauce Ikéa, il avait l'air d'un vrai château avec du vrai mobilier ancien dedans, un billard vert, des fauteuils Louis XVI, des meubles en bois… Les stars refusaient obstinément d'aller chanter sur le "prime" et les candidats faisaient très peu de duos. Tout le monde regardait ça de très haut (sauf les enfants, les pauvres).

La deuxième année, je me suis vraiment passionnée pour la Star Ac', j'avoue. Pour le coup, la Nolwenn, elle savait chanter. Et puis niveau scénario c'était super, y avait de l'action (Georges-Alain pétait régulièrement les plombs), de l'amour (Emma faisait des câlins à Fabien et disait à son copain que "mais non on est juste amis je te dis, je n'aime que toi"), de la haine (ils détestaient tous Nolwenn)… Des rebondissements, quoi ! Le château avait été redécoré cette fois, et on commençait à s'habituer. Et surtout, changement notable, les stars voulaient toutes aller chanter sur le "prime". C'est que, souvenez vous, avant la Star Ac', il n'y avait plus d'émission de variété à la télévision. Faute d'audience, elles avaient toutes disparues de la grille des programmes. Du coup la Star Ac' devenait la seule émission de variété qui, de plus, cartonnait niveau audience. L'endroit où il fallait aller pour se montrer. C'est une attachée de presse de maison de disque qui m'avait expliqué ça à l'époque : "les artistes au départ ils faisaient un peu la gueule à l'idée d'aller sur le plateau de la Star Ac', mais vu les audiences maintenant ils se battent pour y aller". Donc, hop, ça, c'est fait, dès la deuxième années, y a des vraies stars à la Star Ac'.

La troisième année, j'étais à la fac (n'allez pas penser que j'ai un doctorat en audiovisuel, c'est juste que j'ai repris mes études il y a 3 ans, la où je les avais laissées, donc pas non plus super haut…). J'avais même proposé un sujet d'analyse sur "la scénarisation façon sitcom de la star ac'" : les personnages principaux, les histoires d'amour, les disputes, les caractères de chacun (le cas social, la pétasse, la bonne élève, le père de famille…). Finalement j'avais opté pour un sujet sur Buffy. Mais il s'en était fallu d'un cheveu. Tout ça pour dire qu'on en était encore à réfléchir sur l'émission, sur son montage, ses choix scénaristiques etc. On n'en était pas encore à trouver ça normal… On en était encore à se marrer quand les profs se prenaient trop au sérieux. On rigolait de voir que la "directrice" de l'"école" n'était autre que la directrice des programmes d'Endemol France, Alexia Laroche-Joubert*, société qui produit la Star Ac'. On se disait qu'elle devait bien rigoler à faire semblant d'être une directrice autoritaire et concernée par les "élèves" quand elle les convoquait dans son bureau pour leur passer un savon ("Tes professeurs m'ont dit que tu ne travaillais pas assez, il va falloir te reprendre" ou "on m'a parlé de problèmes relationnels au château, ça ne va pas du tout !"). On trouvait qu'ils avaient tous une bonne dose de cynisme pour oser affirmer qu'ils "donnaient des cours", que tout ça c'était pour leur bien, alors qu'ils savaient que la plupart des candidats retourneraient à l'anonymat sitôt l'émission terminée… On se disait qu'ils étaient cyniques, et nous, on regardait ça avec du recul, un second degré, un truc qui faisait que finalement, personne n'était dupe, ni les téléspectateurs (sauf les enfants, les pauvres), ni les profs, ni les artistes invités sur le plateau.

C'est cette année que la révélation m'est apparue. J'avais laissé passer trois ans sans vraiment réfléchir dessus. En suivant chaque édition plus ou moins attentivement. Mais l'autre jour ça m'a sauté aux yeux : tout a changé. Il est devenu évident aujourd'hui que la Star Academy est une école. Tout le monde contribue à donner cette image de la chose. Les artistes quand ils viennent voir les "élèves", les profs qui donnent de plus en plus de notes, les évaluations de plus en plus nombreuses. On en a presque oublié que c'est de la télé ! Les candidats eux-mêmes parlent de plus en plus de cette "école" où ils sont venus pour "apprendre des trucs" pour "s'améliorer", pour "construire une carrière". Ils évoquent "la compétition", le fait qu'il n'y en aura qu'un seul à la fin, qu'ils ne sont pas là pour se faire des amis. Maintenant on voit le conseil de classe des professeurs qui jugent les élèves et qui leur donnent, encore et toujours, des notes. Pendant le "prime" les "élèves" sont aussi notés sur des chansons précises.

Et puis il y a les candidats des années passées. Autant Jenifer avait cartonné avec un album imparable mais bateau, autant la Nolwenn s'était vautrée avec son premier opus, et la Elodie aussi. Mais la, elles reviennent en force ces deux là : Nolwenn Leroy cartonne avec un album réalisé avec Laurent Voulzy, et Elodie Fréger arrive maintenant dans les bacs, avec un petit bijou signé Benjamin Biolay. Et je ne parle même pas de la Olivia Ruiz qui s'est fait une réputation d'indépendante de la chanson française. Paf. Encore un truc qui crédibilise la Star Academy. De vrais auteurs compositeurs planchent sur les albums des gagnants. Et plus personne ne se pose de question sur la scénarisation de la chose, sur le montage choisi pour "la quotidienne", sur ses orientations. Tout le monde a intégré le vocabulaire Star Ac' aussi : les "évals", le "prime", la "choré", la "prod". Tout est normal, messieurs dames. Circulez y a rien à voir. Ou plutôt, venez voir, c'est tout beau. La Star Ac' a fait ses preuves. Y a un concours d'entrée, comme à Sciences Po, et y a l'assurance de trouver du travail à la fin. Pour celui qui sort major de la promo en tout cas.

J'avoue. D'un coup ça m'a fait peur…
 
*En cherchant la fonction exacte chez Endemol d'Alexia Laroche-Joubert, je suis tombée sur un site qui lui est consacré, et qui est tout à sa gloire… mis à part cette bio un peu étonnante qui nous apprend que :

"Elle a passée son enfance dans un hôtel particulier classé monument historique près de Beaubourg, un petit palais aménagé spécialement pour elle avec salle de bain en marbre de Carrare..."

"Ses parents divorcent alors qu’elle n’avait que 4 ans. C’est l’âge où elle donne 20 centimes à un petit garçon pour qu’il lui dise “je t’aime”".

"Son père avoue également qu’il vient voir sa fille pour lui demander de l’argent ou pour avoir des places pour Star Academy qu’il avait promis à des amis"

 
 
 

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