C’était un de ces matins, paf ! où je me réveille avec une pêche d’enfer, prête à avaler tous les obstacles qui pourraient se mettre en travers de ma route. Un de ces matins où, paf, je sens que c’est parti pour une journée super efficace, bouillonnante d’idées et de culot. Un matin comme il n’y en a pas beaucoup dans une semaine… Bref. Ce matin là, j’ai décidé que j’allais appeler tous les magazines qui m’intéressent pour leur demander s’ils recherchent des pigistes, s’ils sont ouverts aux propositions et, si oui, pour quelle rubrique s’il vous plait. Un de ces matins où j’ai décidé de rappeler les chefs de rubrique à qui j’avais déjà envoyé un mail resté sans réponse deux semaines auparavant. Paf. Paf ! Et re paf !Pleine de bonnes résolutions, après un café et une douche revigorante, je m’approche du téléphone. Ô toi ennemi juré, c’est aujourd’hui que je vais te vaincre (me dis-je en mon for intérieur). Je le regarde intensément mon téléphone, il faut savoir impressionner l’ennemi. Je relis mes notes. J’ouvre sur mon ordinateur tous les fichiers dont je pourrais avoir besoin pour expliquer mes sujets, et même mon CV au cas où quelqu’un me demanderait ma formation et que je sois prise d’un subit trou de mémoire, bref, je mets tout à ma disposition, je prépare mon plan d’attaque et je me répète à quel point je suis trop forte. Je souffle un peu.
Paf ! J’arrête de réfléchir je prends mon téléphone je compose le numéro j’attends (il n’y a pas de virgules, c’est normal, dans la vie aussi ce passage va très vite). Ça sonne. Je répète mon texte « Bonjour monsieur machin, je vous appelle parce que je suis pigiste et je souhaiterais vous proposer des sujets pour votre rubrique Truc ». Ça sonne. Mon petit cœur bat la chamade, je sens que s’il ne décroche pas bientôt je vais bafouiller, je ne vais pas réussir à sortir une seule phrase intelligible, je vais oublier pourquoi je l’appelle. Ma confiance en moi s’effrite. J’ai tout juste le temps de me reprendre, parce que je suis dans une journée au top de la forme. Je me reprends donc, je me calme. Ça sonne toujours. Je suis sûre que mon sujet est bon, il rentre pile dans la ligne éditoriale du journal, c’est tout neuf ça vient de sortir, ils n’ont pas pu en parler avant. Je suis une killeuse. Kill ! Kill ! Ça décroche !
« Allo ? » ma voix est tout de même assez hésitante je trouve, du genre excusez-moi de vous déranger, je rappellerais plus tard, c’est pas grave, pardon, je m’incline bien bas c’est ma très grande faute, « Allo ? ». « Vous avez été transféré sur la boîte vocale de monsieur Machin. Veuillez laisser votre message après le bip ». Mince, j’avais pas vraiment prévu ça. Je raccroche ? Non, je suis dans une journée au top de la forme, je ne raccrocherai pas après avoir fait tout ce chemin « Bonjour monsieur Machin, je suis pigiste, je souhaite vous proposer un sujet pour votre rubrique Truc. J’aurais aimé qu’on en discute. Il s’agit de … Vous pouvez me rappeler au… Merci. Au revoir et à bientôt ».
Je raccroche, totalement épuisée. Vidée de ma force. Pour bien faire il faudra que je rappelle demain. Ou après-demain. Parce qu’il ne va pas rappeler monsieur Machin, c’est évident. Rien ne dit que demain je serais dans une journée au top de la forme. C’est le problème. Ni après-demain d’ailleurs. La semaine prochaine peut être ? Bon, si j’envoyais quelques mails maintenant ?
par Cécile Blanchard
publié dans :
La pigeonne ou chronique de la vie de pigiste