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Jeudi 9 février 2006

Hawksley Workman, c'est un homme, un vrai ! Un de ceux qui n'ont pas peur d'affirmer leur virilité en jouant des castagnettes du bout des doigts, en se tripotant les tétons devant des milliers de personnes et en tortillant des fesses dans un jean à imprimé fleuri. Hawksley Workman, c'est un canadien –côté US- qui chante des trucs du genre "I'm jealous of your cigarette", de la pop rock bien balancée au niveau de la guitare, et qui a donné un concert chaud bouillant aux Eurockéennes de Belfort 2002. J'étais là. Hawksley et moi, depuis, c'est une grande histoire…

Dimanche après midi, dernier jour des Eurockéennes. Il est 15h45. Je me dis que je vais aller voir le fameux show man (chaud man ?) en live parce que tout le monde affirme que c'est une bête. Au premier rang je m'installe, tout contre les barrières, pleine vue sur Hawksley, les baffles à fond dans l'oreille droite. La bête arrive, chemise rose, pantalon à fleurs bleues (prémonitoires ?), et une espèce de string par dessus tout ça. Un titre, deux titres, trois titres, rien ne se passe, je suis très déçue par l'animal… Quatrième morceau, il fait tomber la chemise, révélant un tee-shirt moulant sur un torse un peu maigrelet mais correct. Et là, Hawksley habille ses petits doigts de mini castagnettes, et chante en se dandinant devant le micro. Joli ! Je souris. Il me jette un regard en biais. Mon cœur ne fait qu'un bond. Cinquième titre il se met au piano, et finit à la percu. Sixième il joue de la batterie. Septième re- les castagnettes et le caressage de tétons en me fixant d'un air lubrique. Huitième, il se caresse voluptueusement le torse en me jetant des regards de plus en plus appuyés. Je succombe. Dans deux minutes je vais m'évanouir. Fin du concert.

Je retourne, en sueur, dans le village réservé à la presse. Une bière pour me remettre. Soudain, Hawksley débarque. Il est venu me voir c'est sûr ! Je me recoiffe rapidement, fais malencontreusement tomber quelques gouttes de bière sur mon tee-shirt, réajuste mes lunettes de soleil et m'avance vers la star… avant de heurter un photographe tombé là par hasard et de lui renverser le reste de mon gobelet sur les genoux. La bête passe à côté de nous tandis que je me fais incendier, me regarde timidement et passe son chemin.

18h, il faut que je fonce prendre mon train. Notre coup de foudre réciproque n'aura pas pu être consommé. Lasse, je m'engouffre dans la navette qui me ramène à la gare. 19h39, le train démarre direction Paris. Je m'installe tristement en pensant à Hawksley et en imaginant notre vie future si… Nos enfants. Les tournées. La maison à Toronto. Les enregistrements en studio. En duo.  Je soupire. Les autres passagers arrivent. Bousculades dans le couloir. Je lève la tête : Hawksley est là, dans mon wagon. Une chance sur un million que ça arrive, ça ! C'est le destin ! Je lui lance une œillade, il m'a vu, ça y est. Je prend mon air de rien, farfouille dans mon sac, tripote mes magazines. Il se lève et s'avance vers moi. J'en tremble… Il passe… et se dirige vers les toilettes. Timide. Au retour je ne le loupe pas ! Cinq minutes plus tard, j'installe mon pied en plein milieu du passage pour faire tomber le bellâtre à mes pieds. Hé, hé ! Deux secondes après, ça trébuche comme prévu. "I'm sorry" dis-je dans mon anglais le plus suave. Je me retourne pour venir au secours de mon pauvre prétendant avachi… c'est une vieille dame qui s'est étalée par terre ! La vieille marmonne un truc sur "ces cons d'anglais qui laissent traîner leurs jambes partout". Elle ne veut pas que je la touche. Dans un français presque parfait, mon bellâtre lui propose de l'aider.  Je n'ai plus qu'à me terrer sous mon fauteuil en attendant la fin du trajet. De toute façon, en vrai, il est vachement moins beau que sur scène. Vivement Paris !

par Cécile Blanchard publié dans : Des idées et des articles en l'air...
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