Qu'est devenu David Dufresne ? Vous savez, celui qui faisait les chroniques télé dans Libération. Je viens de relire ses chroniques sur Loft Story, rassemblées dans un livre*. Tous les jours qu'a duré le premier Loft, David Dufresne écrivait. Je les lisais attentivement à l'époque, je n'en loupais pas une. Ca me faisait rire. A les relire, j'ai beaucoup moins ri, bizarrement. Son histoire avec le Loft laisse un goût amer dans la bouche. D'abord, je ne me souviens pas de la moitié des participants. Vous vous souvenez de David ? Ou de Philippe ? C'est qui ces gens ?
Ensuite, c'est assez affreux à lire. Parce que comme il ne se passe jamais rien, David Dufresne fait véritablement la chronique du vide… et de ses insomnies. Parce que, en bon professionnel, il regardait le Loft nuit et jour, grâce à Internet. David Dufresne faisait donc de sacrées nuits blanches à regarder du rien. Et on se souvient qu'à l'époque on avait ce même goût amer dans la bouche en regardant ce même rien. Pas au tout début, non. Au tout début, les deux premières semaines, c'était l'exaltation. Est-ce qu'il va se passer quelque chose ? Comment fait-on pour vivre enfermé sous l'œil des caméras ? Une expérience de laboratoire exaltante. Et puis au fil des jours, on finissait par se demander pourquoi on continuait à regarder. Parce qu'on savait pertinemment qu'il ne se passerait plus rien. Qu'il ne pouvait plus rien se passer de toute façon. Mais on regardait quand même. En s'interrogeant sur nos raisons de regarder. Et on lisait les chroniques de David Dufresne. Qui parlait de ce qu'il regardait. Le Loft. la même chose que nous. Le même rien. Qui l'interrogeait pareil.
Quand le Loft s'est terminé, David Dufresne avait l'air perdu. Overdose d'images. Overdose de vide. Décalage d'avoir vécu par procuration à travers son écran d'ordinateur. Complètement "jet lagué", David : "Alors comme ça, ça s'arrête pour de bon ? Unité de lieu, de temps, rien d'improvisé –ultime confirmation. La journée passa comme on le redoutait. Parce que oui, depuis le temps, on le redoutait autant qu'on l'espérait, ce 5 juillet. 70 jours. 6724 heures de gloire pour eux. Et maintenant ça : les valises".*1 Ultime chronique il continue : "Dehors, l'after des lofteurs se prépare. Après le loft, une boite de nuit. L'ennui continue. Nous sommes onze millions à regarder ça (…) Quand soudain Loana prend le micro. Ultime sourire, dernière parole. Elle voudrait "juste dire une chose". Un truc qui dit tout : "merci de vous être intéressés à moi". C'était un plaisir Loana. Maintenant, bon vent. Game over"*2.
De relire ça cinq ans après ça fait tout drôle. Cet événement qu'était le Loft. Ce qu'il a changé dans l'univers télévisuel. Comme après lui, plus rien n'a été pareil. Même David Dufresne n'est plus à Libération. Le Loft a-t-il eu raison de sa passion téléphile ? Est-ce qu'il vit sans télé, sans ordinateur, coupé du monde pour ne plus avoir à vivre ça ? Est-ce qu'il est simplement parti vers un autre journal que je ne lis pas ?
Si vous avez des informations, faites le moi savoir. Franchement, je m'inquiète un peu…
* "Toute sortie est définitive. Loft Story autopsie" Editions Bayard
*1 p.128 ; *2 p.129