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  • : Une pigeonne, c'est à la fois une bonne poire, et une journaliste qui essaie de placer des "piges", c'est à dire des articles dans plein de journaux différents. Une pigeonne, c'est les deux à la fois. Une pigeonne, c'est moi, donc.
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Jeudi 23 mars 2006
Ce qui est marrant avec les magazines c'est qu'ils interviewent toujours les mêmes personnes au même moment, promo oblige. Je ne blâme personne, hein, c'est la loi du marché et puis si les artistes voulaient bien être interviewés hors promo ça se saurait ! Bref. Comme j'achète pas mal de magazines différents, rapport à mon métier, ça me permet de lire dix interviews à la file de Virginie Ledoyen par exemple (en promo pour le dernier film de Veber).
C'est là que parfois, ça coince. Parce que Virginie, dans Glamour elle dit "Je lis le magazine Glamour tous les mois du début à la fin. Je le trouve très bien foutu. Il y a plein de trucs à l'intérieur. Et les pages people me font bien marrer"*. Mais la même Virginie dans le DS du même mois, elle dit "Ca vous embête si je vous dis que je ne suis pas branchée presse magazine ? Sérieusement je préfère la presse quotidienne"*².

Hum… Virginie Ledoyen serait-elle schizophrène ? Ou la presse déformerait-elle ses propos (non, quand même pas, non, pas la presse !). Mystère…

A moins que, première hypothèse, comme Glamour fête ses deux ans d'existence, elle ait voulu leur faire plaisir. Un petit mensonge pour un anniversaire, ça compte pas. C'est comme quand on reçoit un cadeau qu'on déteste, on dit merci quand même. Ou que, deuxième hypothèse, comme DS est un mag de société plus qu'un féminin pure souche, elle ait voulu se la jouer intello.

 Ou peut être que tout est calculé. Que tout ça, c'est juste de la promo, justement. Genre, je change de discours en fonction du lectorat… Ce serait fort ça comme truc, faut juste pas tomber sur des gens comme moi qui lisent tous les magazines qui leur tombent sous la main. Parce que Virginie Ledoyen qui aime (ou pas) la presse magazine, c'est pas si grave on est bien d'accord. Mais ça pourrait donner des trucs assez sympas. Villepin qui dirait qu'il adore les jeunes dans l'Etudiant et qu'il va supprimer le CPE. Puis le même Villepin qui resterait braqué sur ses positions dans le Figaro. Ou George Clooney qui dirait qu'il adore Bush sur Fox News, et qui prendrait position contre W dans le New-York Times. Ou Johnny Hallyday qui dirait adorer le rap dans RER. Et qui jurerait ses grands Dieux qu'il n'y a que le blues qui compte, qu'il va d'ailleurs faire un disque de blues, retour aux sources tout ça, dans Limited Access (le magazine de son fan club officiel).
Ah. Pardon. Johnny aime le rap, la preuve il chante avec le Ministère Amer. Et si tout va bien, il va le sortir son disque de standards du blues… Ca marche pas à tous les coups. Parfois, c'est compliqué la promo.
 
*Glamour n°25, p.98
*²DS n°101, p.48
Mercredi 22 mars 2006

Je parle du câble, de la télévision tout ça et vous allez finir par croire que je ne fais que ça de mes journées, regarder la télé. Si je veux devenir chroniqueuse télé, c'est le meilleur moyen c'est sûr, d'ailleurs, si jamais un rédacteur en chef passe par là et cherche un chroniqueur je suis prête, hein, mais pour le moment ce n'est pas mon job, ce n'est que mon blog et je n'ai pas que ça à faire.

Bref. Je me rends compte que ça fait un petit moment que je n'ai pas écrit de chronique de la vie de pigiste, et ce n'est pas parce que je ne pige plus, c'est plutôt parce que je pige trop ! Pourtant je n'ai toujours pas réussi à décrocher mon téléphone, cet ennemi juré, mais il a sonné tout seul. Dingue ! Je n'y croyais pas moi-même. Quand il a sonné d'ailleurs, je l'ai regardé d'un air soupçonneux. Ca doit être ma mère, je me suis dit. Perdu. C'était une rédactrice en chef avec laquelle j'avais déjà bossé qui me rappelait pour me proposer une grosse enquête. J'ai dit oui bien sûr. Et j'ai crié "Youpi !" intérieurement.

Et puis la semaine dernière j'ai aussi beaucoup bougé : un jour à Rennes, le lendemain à Tours, deux jours plus tard à Paris… pour des interviews de stars de la musique. J'ai aussi rendu un papier pour un magazine francophone publié aux Etats-Unis. Le tout avant de partir me reposer cinq jours dans le sud de la France (oui je sais c'est bizarre pour quelqu'un qui cherche du travail, mais comme le dit un de mes amis "pas de vacances, dans l'intermittence"... juste des longs week-ends. Il faut bien décompresser de temps en temps !).
Je fais comme ces chanteurs qui écrivent des chansons tristes et qui disent que quand ils sont heureux ils ne sont pas inspirés. Bah moi, quand je travaille, je n'écris pas que je travaille. C'est seulement quand je n'ai rien à faire que j'en parle. C'est comme le bonheur, finalement…

Allez, dès que je redeviens un petit peu malheureuse, j'écris un long article sur les affres de la pige ! Vivement, hein ? (Ne faites pas d'incantations non plus, ça ira merci.).

Mardi 21 mars 2006

L'autre jour, en zappant frénétiquement sur toutes les chaînes du câble, je suis tombée sur une vieille émission de l'"Actor Studio".  Le principe de l'émission est assez simple, pour ceux qui ne connaissent pas : durant la première partie, l'animateur, James Lipton, revient sur la vie d'un acteur ou d'une actrice célèbre en l'interviewant, durant la seconde partie l'acteur est interviewé par des apprentis comédiens. Décor super sobre, deux sièges qui se font face sur l'estrade d'un théâtre. Ca fait un peu penser au "Ombre et Lumière" de Labro, sauf que là il n'y a que des acteurs hollywoodiens. Et forcément, c'est tout de suite plus glamour.

C'est un truc assez agréable à regarder Actor Studio, on s'y sent comme chez soi. On se laisse aller, tranquille, on écoute l'acteur raconter sa vie, son enfance, ses espoirs, ses premiers succès, ses techniques de jeu…  James Lipton est d'un calme olympien, il n'élève jamais la voix, il nous berce presque mais sans jamais nous endormir. Il est tellement calme que c'est l'acteur qui s'agite sur son siège, pressé de dévoiler ses secrets. Soudain, ces acteurs hollywoodiens, tellement inaccessibles, n'ont qu'une envie : parler d'eux, se raconter, longuement, pas en dix minutes chrono dans une chambre d'hôtel anonyme comme c'est l'usage, en dehors de toute promo, en dehors du temps même. Mais James Lipton impose le rythme, pas un mot plus haut que l'autre, une question après l'autre, une image d'archive par ci, une photo de l'acteur enfant par là, quelques extraits de films, un retour aux sources… Il y a une ambiance toute douce, toute calme, on a l'impression qu'on va prendre le thé tranquille avec Lipton et son invité, mieux que ça on a furieusement envie de prendre le thé, pas pour rencontrer la star, ni en hommage au nom de l'animateur, mais pour se couler dans cette atmosphère apaisante, et en faire partie, vraiment.

Sarah Jessica Parker n'avait pas l'air super à l'aise ceci dit. Non pas qu'elle rechignait à raconter sa vie mais elle trépignait un peu sur son siège, elle tentait des blagues, et surtout elle avait cette manie de baisser la tête chaque fois que Lipton évoquait ses succès, genre n'en faites pas trop oui c'est bien moi j'ai réussi dans la vie mais je suis gênée tout de même. Ca avait à la fois un côté agaçant et un côté touchant. Cette manière de balancer ses jambes comme une petite fille prise en faute, puis de relever la tête en rigolant quand l'intervieweur avait évoqué un de ses exploits… Un côté cruche aussi, immédiatement contrebalancé par des propos sensés ou une vanne bien sentie.

Et puis, dans cette interview hors du temps, le temps a soudainement fait son apparition. D'abord parce qu'à la question "Quel est le nom de Mister Big ?", Carrie-Sarah-Jessica a répondu "Je n'en sais rien ! Je fais souvent ce rêve qu'à la toute fin de la série, Carrie voit Mister Big partir et, le visage baigné de larmes, lui crie : "dis moi enfin, quel est ton nom ???"" (or, chacun sait que la série ne finit pas du tout comme ça. Carrie ne voit pas Mister Big partir, elle le voit revenir. Et elle ne sait toujours pas son nom, ou en tout cas, elle ne nous le dit pas). Ensuite parce qu'à la question "Quel est le bruit que vous détestez ?", Sarah-Jessica répond "Les sirènes que l'on entend en ce moment trop souvent à New York".

D'ailleurs, ce questionnaire de fin est signé Bernard Pivot (c'était avec les mêmes questions que se clôturait "Apostrophes", exceptées celles concernant Mister Big, bien sûr), "Mon modèle devant l'éternel" expliquera James Lipton à l'actrice qui hoche la tête, certainement sans comprendre de qui il parle.
Bernard Pivot, à la retraite ici, interviewe des stars hollywoodiennes par le biais de James Lipton ! On est quand, là ? Aujourd'hui, hier, demain ? Le temps, décidément...

Samedi 18 mars 2006
En ce moment j’ai le câble, plus exactement je suis en vacances chez quelqu’un qui l’a, le câble. Autant vous dire que pour moi, qui survit à Paris avec seulement cinq chaînes hertziennes (je n’ai pas Canal, même en clair), c’est le luxe, voire une découverte de tous les instants. Quand j’ai le câble, je ne peux pas m’empêcher de zapper frénétiquement. Je vais sur le « guide » et je regarde le programme de chaque chaîne, persuadée que je vais trouver quelque chose à regarder, forcément. Bon, malheureusement, même avec plus de cinquante chaînes à disposition, y a des heures où il n’y a vraiment rien à quoi se raccrocher. Des vieilles séries, des émissions idiotes, du sport, de l’info… c’est pas toujours très glorieux tout ça. Alors, à mon grand dépit je finis par revenir aux chaînes hertziennes que je connais déjà et ça m’énerve un peu quand même parce que j’aimerais vraiment bien profiter de cette soudaine diversité de programmes. Mais bon. Je ne vais quand même pas regarder un vieil épisode de « Starsky et Hutch » ou de « Jamais deux sans toit » (quoique) simplement pour dire que je regarde autre chose que M6…
 
C’est comme ça que je me suis retrouvé sur la 2, à regarder Campus, nouvelle formule. Tout en direct, avec Guillaume Durant qui n’arrêtait pas de dire : « C’est en direct » (c’était aussi écrit en haut à gauche de l’écran, au cas où on aurait le malheur d’oublier) « Et on ne sait pas ce qui peut se passer », sous-entendu qu’il ne fallait donc pas zapper, que peut être des intermittents ou des étudiants allaient bientôt envahir le plateau. D’ailleurs, Guillaume parle des manifestations anti CPE, de ce nouveau mai 68 qui est en train de se dérouler, là, sous nos yeux, et peut-être dans quelques instants, sur ce plateau mesdames et messieurs, car ne l’oubliez pas, c’est en direct, on ne sait pas ce qui peut se passer. En l’occurrence, il ne se passe rien. Enfin, rien de ce qui n’était pas prévu au départ, les invités défilent, parlent de leur nouveau livre – film – opéra – album (rayez la mention inutile), et tout va bien dans le petit monde de la télé.
 
A un moment quand même, une lumière. Un truc inhabituel. Une question tendancieuse, un peu hors des sentiers battus. Guillaume Durant, après avoir passé le spot de pub pro Sarkozy dans lequel apparaît Jean Réno, demande à ce dernier : « Avec Nicolas Sarkozy, c’est une amitié, ou une amitié politique ? » (attention, nuance). Jean Réno commence à dire qu’ils étaient voisins au moment le pire pour Nicolas, quand tout le monde le reniait, le rejetait, que c’était vraiment pas facile pour lui cette période quand même et qu’ils ont parlé, tout ça, qu’ils sont devenus amis. « C’est une amitié, ou une amitié politique ? » insiste Guillaume. « Euh… Oui c’est une amitié… » commence Jean, l’air un peu embêté, genre je partage ses idées politiques mais en même temps je ne suis pas politicien, et puis peut être même que je ne suis pas d’accord sur tout, encore que… Je suis suspendue aux lèvres de Jean Réno moi, quand Guillaume Durant l’interrompt d’un « et nous allons recevoir dans quelques instants, Jacques Marseille, Christine Ockrent et Daniel Picouly ». J’hallucine, il se zappe lui-même. Jean Réno n’a même pas besoin de se dérober. Ah. Non. Fausse alerte, je m’énerve trop vite, pardon Guillaume, je n’aurais pas dû douter de vous. Il reprend « Une amitié, ou une amitié politique ? » (trois fois quand même, il ne lâche pas le morceau). Aculé, l’acteur commence « … » et est interrompu par un jingle et l’entrée sur le plateau des trois autres invités, sous les applaudissements, mesdames et messieurs. Heu… Il va réinsister une quatrième fois, là, ou je peux tout de suite laisser tomber ? Je laisse tomber. J’ai raison, finalement, qui s’intéresse aux amitiés de Jean Réno, franchement ?
 
Plus tard dans l’émission, on aura droit à un reportage sur le Salon du Livre, où on apprendra que les livres français sont ceux qui s’exportent le mieux à l’étranger et qu’on vend beaucoup plus de droits qu’on en achète. Avec l’interview de Bernard Werber « Avez vous l’impression de participer au rayonnement de la littérature française avec vos livres ? ». Réponse : « Je crois que ce que les gens veulent ce sont de bonnes histoires. Quand on met des mots trop compliqués ça ne leur plait pas » (je résume, en gros). Et celle de Marc Lévy, le plus gros vendeur français actuel, qui explique que ça ne fait pas du tout plaisir à son égo d’être lu par des millions de personnes (bah voyons, quand je vois comment je suis contente d’être lue par 125 personnes par semaine sur mon blog…), mais qu’il se sent plutôt comme une tranche de camembert, un bout de France en somme qui s’exporterait et conquerrait le monde (je résume, en gros, toujours pareil). Je n’invente rien.
Fin du reportage, nous accueillons maintenant Christine Angot mesdames et messieurs qui va nous parler de sa passion pour Truman Capote. Oui, mais avant Christine Angot veut dire quelque chose. Elle veut juste souligner que le camembert, les mots compliqués, les ventes de livres à l’étranger tout ça très bien, mais que Bernard Werber et Marc Lévy, ils ne font pas de la littérature. Faudrait pas faire d'amalgame. Voilà. C’est tout. Et si on parlait de Truman Capote maintenant ?
 
 
 
Vendredi 17 mars 2006
La vie de pigiste n’est pas tous les jours facile, c’est moi qui vous le dit. Rencontrer des stars n’est pas de tout repos, je vous jure. Sympa, la star, ou pas sympa ? Crème, ou pas crème… Evidemment, c’est toujours quand on est toute cool, partie pour une interview bien tranquille que ça tourne vinaigre. Ce genre là, ça m’est arrivé plus d’une fois, et même pas plus tard qu’au début de cette semaine. Je ne vous dirais pas qui c’est, d’abord je ne veux pas casser le mythe, ensuite je ne veux pas risquer de procès pour diffamation, manquerait plus que ça ce serait le pompon, appelons le donc Bibi. J’avais rendez vous avec Bibi et j’y allais vraiment tranquille. Je ne me disais pas qu’il avait une réputation de gentil, à vrai dire je ne me disais rien. J’avais bien écouté l’album, bien préparé mon interview il n’y avait pas de raison que ça se passe mal. Là où j’aurais du me douter que ce ne serait pas aussi facile que prévu, c’est qu’on avait rendez vous sur le tournage d’une émission de télé. Il fallait donc filmer Bibi dans sa loge (puisque, pour rappel, je travaille aussi pour une émission de télé), entre deux apparitions sur le plateau (de l’autre émission, je sais c’est assez compliqué). En gros, il n’était pas très disponible pour nous.
 
Bref, on y est, Bibi arrive, bonjour, bonjour, tout le monde est très aimable tout va bien. La coiffeuse coiffe, la maquilleuse maquille, l'habilleuse habille. On est dans les temps le planning est bon, Bibi ne doit être sur le plateau que dans une demi heure environ ça laisse le temps de faire l'interview. Il s'installe sur le canapé. Déjà ça se gâte. Bibi aimerait bien que je ne lui pose que trois questions parce que franchement en trois questions on a tout dit. Ah ? Pas possible, je réponds, dès fois c’est à la fin que c’est le plus intéressant. Déjà, je pense que ça l’énerve que je lui dise non, et puis ça l’énerve de pas pouvoir boucler le truc en cinq minutes. Je crois aussi qu’il a faim et qu’il aimerait bien manger le plat de crudités que son staff lui a ramené. Finalement il se plie au jeu (« on va pas débattre pendant trois heures non plus, allez-y ») et je commence à poser mes questions.
A la première il s’interrompt, (« Rien que de savoir que vous allez me poser dix questions pour ne garder qu’une minute j’arrive pas à me concentrer »), ça l’énerve c’est dingue. Mais en bon professionnel il se reprend et l’interview continue. Bon, je dois vous avouer qu’à ce stade je n’en mène déjà pas très large, j’essaie de prendre ma voix la plus douce pour amadouer la bête, ce qui ne marche pas du tout, et je ris bêtement dès que je sens qu’il s’énerve.
D’ailleurs, ça ne tarde pas, ça y est il s’énerve car j’ai posé une question qui ne lui plait pas mais alors pas du tout. Il me regarde méchamment et je sens que le sol s’écroule sous mes pieds. Comment je vais récupérer un truc pareil ? J’essaie de reformuler pour ne pas le blesser mais je sens bien que c’est mort. Il va faire la tronche jusqu’à la fin. Je suis mal. J’ai un peu honte aussi, c’est filmé après tout, le caméraman ne moufte pas, hyper concentré sur les images, le casque sur les oreilles genre j’ai rien vu rien entendu je bosse, et moi je me dis qu’il faut vraiment que je rattrape le coup. Une idée brillante, une idée brillante, je mobilise tous mes neurones tandis que Bibi, toujours en face de moi et toujours filmé bien sûr, m’incendie (« Si vous me posez cette question, c’est que vraiment vous ne me connaissez pas ! » à quoi je bafouille un misérable « bah si »), quand, sauvée par le gong, un type rentre dans la loge pour appeler Bibi en urgence sur le plateau. Fin du premier acte.
Le second acte ne commence que deux heures plus tard parce que Bibi est mobilisé sur le plateau pendant tout ce temps là, c’est long l’enregistrement d’une émission. J’ai largement le temps de me ronger les sangs et de me demander comment je vais pouvoir reprendre une interview si mal partie. En même temps j’ai aussi largement le temps de destresser. D’ailleurs, j’ai bien raison sur ce point parce que quand Bibi revient dans la loge, il est vachement plus détendu, désolé de nous avoir fait attendre, et il a même oublié qu’il était énervé contre moi. Je ne repose pas la question qui fâche et soudain tout se passe merveilleusement bien. Bibi raconte l’enregistrement de l’album, les thèmes, la musique, la vie, la gestation, et combien il a eu du mal à finaliser cet album, à quel point il ne pouvait plus écrire depuis un certain temps déjà, depuis le 11 septembre 2001 pour être exact, c’est beau, c’est dans la boite coco. « C’était super » me dit-il, « Et vous aviez raison hein, c’est à la fin qu’on dit les meilleures choses ». Ca aussi, c’est filmé. J’en rougis de gratitude.
Mercredi 15 mars 2006

Hier soir, je suis tombée sur un super téléfilm sur M6. Il était tard et c'était l'heure du suspens, de la trouille, des frissons. C'était "La mort en jeu". Dès le générique j'étais toute pantelante devant mon écran. Et ça commence tout doucement, La Mort en Jeu. Une famille américaine typique, un matin, l'heure du petit déjeuner. La mère prépare les jus d'orange et le porridge, le père arrive en mettant sa cravate, le fils lui parle de son match de foot auquel le père n'était pas. "Il y a toujours un empêchement de dernière minute !" dit le fils. Le père, en lui ébouriffant les cheveux (attention ça se complique) : "Je te promets que je ne te ferais plus de promesses que je ne pourrais pas tenir", ce à quoi le fils répond : "oui mais ça c'est une promesse". Re ébouriffage de cheveux. Ah ! ah ! Malin le petit. Et ça continue tranquille, même si on se doute bien que ça ne va pas durer. La mère propose d'aller déjeuner avec le père le midi, il dit qu'il ne peut pas qu'il a déjà un truc de prévu.

Là, en bon spectateur aguerri, on se dit qu'il a une maîtresse, c'est louche forcément, d'ailleurs peut être que ça va être un téléfilm genre Liaison Fatale, la maîtresse qui devient folle qui tue la femme et le fils, tout ça. Bref.

C'est le midi, et effectivement il a une maîtresse, super sexy, qui met ses bas au ralenti, et qu'il rejoint dans un petit hôtel. Plouf plouf, il se passe ce qu'il doit se passer avec une maîtresse, et le soir, avant de rentrer chez lui, le mari s'arrête dans un bar. Il attend un ami qui ne vient pas et commence à discuter avec un autre type. Très sympa l'autre type, d'ailleurs ils sympathisent, ils commencent à jouer au poker menteur, avec des dés. Le temps passe, le mari est toujours au bar à jouer avec son nouveau copain.

Là on se dit, mauvais, il n'est toujours pas rentré chez lui sa femme va s'inquiéter elle va se dire qu'il a une maîtresse, elle va engager un détective privé et elle va devenir folle elle va tuer la maîtresse et le mari. Bref.

Le temps passe, les deux arrêtent de jouer au poker menteur, ils prennent une bière tranquille, ils parlent de leur vie. "Qu'est ce que tu fais dans la vie", "je suis marié depuis 12 ans et très heureux" dit le mari un peu menteur quand même, "et toi ?" "Moi je tue les gens". "Ah ! Ah ! Bonne blague" dit le mari, "moi aussi je tue les gens ah ah !" "Non non c'est vrai je tue les gens. J'en ai déjà tué douze, c'est assez chouette, parce que je les choisis au hasard du coup personne ne peut retrouver ma trace, j'ai déjà fait plusieurs Etats sans être inquiété" "euh… bon, faut que j'y aille" dit le mari. Et hop il se lève.

Bon là on se dit, il aurait pu trouver une excuse quand même c'est pas très poli de partir comme ça et ça fait vraiment genre j'ai la trouille je suis tombé sur un cinglé je me tire. D'ailleurs l'autre lui court après, logique. Il le coince dans les toilettes et lui explique que c'est décidé ce sera lui la prochaine victime, le treizième, qu'il est devenu une proie à partir de ce soir… Mais, et c'est toujours le tueur qui lui dit ça, peut être que c'est comme le poker menteur, peut être qu'il bluffe et qu'il est pas du tout tueur, hé hé.

(Cet article est long, vachement trop long pour un blog, mais c'était fascinant, il fallait bien que j'explique, que je situe l'histoire, le contexte, pour que vous compreniez bien. A ce stade, vous êtes déjà scotché, non ?)

Là le mari s'en va en courant, il quitte le bar, rentre chez sa femme, il a envie de lui raconter mais il a des invités alors il ne peut pas. Je fais court : un de ses invités est avocat alors il lui en parle, l'autre lui dit qu'il faut qu'il fasse comme si de rien n'était, que c'est sûrement du bluff. Oui, mais si… Bref.

Le mari flippe quand même à mort même s'il dit l'inverse et le soir, il ne peut pas dormir, il descend dans le salon, il prend une carabine et tout, il vérifie que les fenêtres sont bien fermées… Il y a une musique très angoissante qui ponctue chacun de ses gestes. Le poker menteur de la mort est commencé. C'est sûr que l'autre l'observe et qu'il jubile de le voir avec son fusil, c'est sûr qu'il est planqué dans le jardin. C'est un peu Scream, y a des grandes baies vitrées partout dans la maison en plus, et une piscine dehors aussi. On a l'impression que l'assassin au masque va surgir de derrière un rideau, qu'il est même déjà dans la place. Trop flippant…

Bon, j'ai pas vu la fin mais j'ai trois hypothèses :

1-     Le mari engage un détective privé pour l'aider à savoir qui est le tueur et ne pas se battre à l'aveugle. Tout en lui échappant régulièrement, il finit par remonter la piste de ses autres crimes et par prévenir la police. Le méchant est arrêté.

2-     Le mari flippe comme un malade dans un premier temps puis fini par en avoir marre et se retourne contre son assassin. Suite à un plan machiavélique, en l'appâtant, il le tue. Carrément.

3-     Le tueur menace de tuer la maîtresse, le mari flippe, la femme découvre qu'il a une maîtresse, du coup elle ne le soutient plus dans son poker qui tue, mais finalement dans un ultime combat le mari tue le tueur qui menaçait son fils et avait déjà tué la maîtresse. Punition, rédemption, la femme lui pardonne. Il recommencera plus. Fin.

J'ai bon ?
Samedi 11 mars 2006

Qu'est devenu David Dufresne ? Vous savez, celui qui faisait les chroniques télé dans Libération. Je viens de relire ses chroniques sur Loft Story, rassemblées dans un livre*. Tous les jours qu'a duré le premier Loft, David Dufresne écrivait. Je les lisais attentivement à l'époque, je n'en loupais pas une. Ca me faisait rire. A les relire, j'ai beaucoup moins ri, bizarrement. Son histoire avec le Loft laisse un goût amer dans la bouche. D'abord, je ne me souviens pas de la moitié des participants. Vous vous souvenez de David ? Ou de Philippe ? C'est qui ces gens ?
Ensuite, c'est assez affreux à lire. Parce que comme il ne se passe jamais rien, David Dufresne fait véritablement la chronique du vide… et de ses insomnies. Parce que, en bon professionnel, il regardait le Loft nuit et jour, grâce à Internet. David Dufresne faisait donc de sacrées nuits blanches à regarder du rien.
Et on se souvient qu'à l'époque on avait ce même goût amer dans la bouche en regardant ce même rien. Pas au tout début, non. Au tout début, les deux premières semaines, c'était l'exaltation. Est-ce qu'il va se passer quelque chose ? Comment fait-on pour vivre enfermé sous l'œil des caméras ? Une expérience de laboratoire exaltante. Et puis au fil des jours, on finissait par se demander pourquoi on continuait à regarder. Parce qu'on savait pertinemment qu'il ne se passerait plus rien. Qu'il ne pouvait plus rien se passer de toute façon. Mais on regardait quand même. En s'interrogeant sur nos raisons de regarder. Et on lisait les chroniques de David Dufresne. Qui parlait de ce qu'il regardait. Le Loft. la même chose que nous. Le même rien. Qui l'interrogeait pareil.
Quand le Loft s'est terminé, David Dufresne avait l'air perdu. Overdose d'images. Overdose de vide. Décalage d'avoir vécu par procuration à travers son écran d'ordinateur. Complètement "jet lagué", David : "
Alors comme ça, ça s'arrête pour de bon ? Unité de lieu, de temps, rien d'improvisé –ultime confirmation. La journée passa comme on le redoutait. Parce que oui, depuis le temps, on le redoutait autant qu'on l'espérait, ce 5 juillet. 70 jours. 6724 heures de gloire pour eux. Et maintenant ça : les valises".*1 Ultime chronique il continue : "Dehors, l'after des lofteurs se prépare. Après le loft, une boite de nuit. L'ennui continue. Nous sommes onze millions à regarder ça (…) Quand soudain Loana prend le micro. Ultime sourire, dernière parole. Elle voudrait "juste dire une chose". Un truc qui dit tout : "merci de vous être intéressés à moi". C'était un plaisir Loana. Maintenant, bon vent. Game over"*2.

De relire ça cinq ans après ça fait tout drôle. Cet événement qu'était le Loft. Ce qu'il a changé dans l'univers télévisuel. Comme après lui, plus rien n'a été pareil. Même David Dufresne n'est plus à Libération. Le Loft a-t-il eu raison de sa passion téléphile ? Est-ce qu'il vit sans télé, sans ordinateur, coupé du monde pour ne plus avoir à vivre ça ? Est-ce qu'il est simplement parti vers un autre journal que je ne lis pas ?

Si vous avez des informations, faites le moi savoir. Franchement, je m'inquiète un peu…

* "Toute sortie est définitive. Loft Story autopsie" Editions Bayard
*1 p.128 ;
*2 p.129

Jeudi 9 mars 2006

Je viens de me rendre compte que les articles que je poste sur ce blog sont beaucoup trop longs. Ca ne va pas du tout. Je me rends bien compte quand je les vois s'afficher qu'ils prennent trop de place sur une seule page. C'est pas bon ça, les internautes vont jamais revenir. On est dans une culture du zapping. Il faut qu'ils lisent vite, bien, efficace.
En plus, je n'ai pas d'excuses, je les connais les règles de l'Internet. J'ai bossé pendant deux ans pour une agence de contenus. Et quand je réponds à des annonces d'emploi pour être rédactrice web, je dis toujours que j'ai bien intégré les problématiques du Net, qu'il faut écrire court, et percutant. Que je sais le faire, que je suis trop forte là dedans. Et voilà le résultat. Je fais un blog et j'écris des articles qui ne respectent pas les règles que je dis moi-même avoir comprises. Bien joué. Si des employeurs viennent voir ici, ils ne vont pas être déçus.

Allez, vous savez quoi ? Je m'arrête là. Un article court pour dire que je fais des articles longs (en plus j'ai pas le temps, pas que ça à faire moi d'écrire des articles pour mon blog, longs de surcroît, j'ai trop de boulot cette semaine, je suis limite débordée). Et toc.

(Vous êtes frustrés, hein ?)
 

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