L'amour, une intrigue secondaire
Comme nous l'avons vu précédemment, l'amour est l'une des composantes principales de la série pour adolescent. En ce qui concerne Buffy Contre les Vampires, si l'amour est sans conteste l'un des sujets de la série, toujours présent, il n'en est que l'intrigue secondaire.
Les histoires amoureuses des personnages ont leur importance, mais chaque saison n'est pas marquée par un nouveau petit ami, ou par une nouvelle intrigue amoureuse mais bien par un nouveau démon à combattre pour sauver le monde. La série est rythmée à chaque saison par un nouvel ennemi.
Pour Alex, le premier baiser avec Cordélia comme avec Anya est traité de manière comique, alors que l'amour dans les séries adolescentes est une affaire sérieuse. Avec Cordélia, le premier baiser est drôle car, se détestant depuis le début de la série, ils ne comprennent pas leur attirance mutuelle aussi forte que subite. Quant à Anya, ancien démon vengeur dévoué à la cause féminine (son rôle est de punir les mâles ayant fait souffrir leurs petites amies), elle ne connaît pas le sexe et saute donc sur Alex sans autre forme de procès.
Il en va de même pour Alex, tout juste réconcilié avec Anya, puisque cette dernière meurt durant l'ultime bataille.
En 1997, époque où Buffy Contre les Vampires apparaît, les séries pour ado, sont légions : "Mes années coup de cœur", "Hartley Cœur à vif", "Dawson", "Les années collège". Toutes mettent en scène les premiers émois et les premières amours des adolescents, voire transposent ce quotidien adolescent dans les années 60 ("Mes années coup de cœur"). La série pour adolescents a pour principale intrigue l'amour, et pour principal lieu, le lycée. Autre grande composante des séries pour ado : les problèmes avec les parents, et la rébellion vis à vis de la société adulte. Si Buffy Contre les Vampires se passe bien en majorité dans un lycée (jusqu'à la saison 3) ou à la faculté (saison 4 et 5) et si les rôles de cette série sont bel et bien tenus par des adolescents, elle bouscule cependant les codes de la série "collège"… Dans Synopsis, Eric Quéméré rappelle : "Interprétée par des adolescents, ou de jeunes adultes qui en ont gardé l'apparence, la "série collège" traite de tous les problèmes auxquels un adolescent peut se voir confronté : sentiment amoureux, sexualité naissante, conflits d'amitié, opposition aux adultes, difficultés scolaires, deuils, dilemmes moraux, etc... Des préoccupations que Jürgen Wolff, scénariste et script-doctor, résumait ainsi lors du colloque Pygmalion : "Dans la quête d'identité qui est caractéristique de l'adolescence, on recherche de l'expérience vécue, des signes que l'on n'est pas seul, que quelqu'un d'autre a eu les mêmes problèmes que soi et a trouvé les moyens d'en sortir". Buffy Contre les Vampires répond à ces critères sous ses dessous "fantastique" mais s'en démarque aussi de deux façons.
· Le passage à l'âge adulte
Une des grandes innovations de Buffy si on regarde la série par son côté "adolescent" est d'avoir réussi à faire passer ses personnages à l'âge adulte, et ce de manière réaliste. Les nombreuses séries pour ado ne passent jamais ce cap. Dans "Hartley Cœur à vif" ou "Les années collège" par exemple, ce sont les personnages qui changent, non l'établissement scolaire. Dans "Dawson" (apparu sur les écrans après Buffy, en 1998), le passage à l'âge adulte a lieu mais uniquement lors des deux derniers épisodes de la série, et grâce à une ellipse de temps : on y retrouve les personnages plusieurs années plus tard, alors qu'ils sont entrés dans la vie active. Le sujet ici n'est pas le passage à l'âge adulte des personnages mais plutôt leurs retrouvailles ultimes et l'acceptation de la fin de l'adolescence qui concorde donc avec la fin de la série.
Dans Buffy Contre les Vampires au contraire, le passage à l'âge adulte est traité à partir de la cinquième saison, avec la mort de la mère de Buffy. Cette dernière doit alors apprendre à se débrouiller seule, assumer l'éducation de sa petite sœur, assurer les revenus de la famille, tout en continuant à assumer son rôle de tueuse de vampire. Le passage à l'âge adulte dans Buffy est total lorsque Giles, le mentor et la figure paternelle de la série, retourne en Angleterre, pour aider Buffy à prendre en charge ses responsabilités et l'empêcher de se reposer sur lui (saison 6). Dans cette sixième saison, le ton est d'ailleurs rarement léger : le passage à l'âge adulte est vécu de manière douloureuse.
Buffy doit non seulement faire face à des problèmes d'argent, elle doit aussi pleinement assumer son nouveau rôle d'adulte face à une adolescente récalcitrante, sa sœur. Face à sa sœur, Buffy n'a d'autre choix que d'endosser le rôle d'adulte. Elle ne peut pas faire semblant.
Ce passage à l'âge adulte de l'héroïne se double aussi d'un autre traitement de sa sexualité. A partir de la saison 6, on peut aussi déduire que la série s'adresse à un public qui a vieilli avec elle. La sexualité n'est plus fantasmée, ou romancée, elle est montrée, et sous son côté le plus noir : une relation de pouvoir destructrice avec Spike, vampire que Buffy méprise. Il la violera même lors d'un épisode, alors qu'elle refuse de se donner à lui.
Les autres personnages de la série passent eux aussi à l'âge adulte de manière douloureuse dans la saison 6 :
Alex doit se marier avec Anya, mais un sort lui fait voir sa vie future d'un mauvais œil et il quitte donc sa future épouse le jour même du mariage. Et Willow quant à elle doit subir la perte de sa petite amie. Par dépit et par vengeance elle deviendra une "toxicomane de la magie" jusqu'à devenir une mauvaise sorcière.
Les scénaristes n'hésitent pas non plus à être irrévérencieux avec leur personnage principal. Cette façon ironique de montrer Buffy, invite nécessairement le téléspectateur à une lecture au second degré et au recul sur le sérieux de la série. La rendre peureuse est un moyen. Il y en a d'autres : Dans la saison 5, épisode "La quête", Spike commande un robot ayant l'apparence de Buffy. Quand le gang surprend Spike et le robot en plein ébat, ils n'hésitent pas à penser que c'est de la tueuse qu'il s'agit. Dans la saison 6, Buffy (la vraie) devient invisible et en profite pour rejoindre Spike et pour coucher avec lui devant Alex sans qu'il n'en sache rien… Spike s'avère être le plus gêné des deux !
Willow peut également avoir un ressort comique. Il vient tout d'abord essentiellement de sa grande naïveté. Mais, elle peut devenir drôle lorsqu'elle sort de son rôle, d'une manière cependant différente de Buffy. Willow n'est pas drôle quand elle se transforme, elle devient drôle lorsque, de retour à la normale, elle se sert de cette transformation. Dans la saison 3 par exemple, le double maléfique de Willow arrive à Sunnydale. Lorsque ce double est renvoyé dans son monde, Willow se sert de sa nouvelle réputation de dur à cuire pour obtenir ce qu'elle veut de certains camarades de classe. Dans la saison 6, Willow devient véritablement mauvaise, mais est sauvée in extremis par Alex. A la septième saison elle se sert encore une fois de sa réputation passée pour faire peur à Andrew. L'effet comique provient du fait que le téléspectateur, lui, sait que Willow est douce comme un agneau.
Les différents sorts jetés régulièrement sur la ville de Sunnydale par les démons peuvent se révéler du plus grand comique également, en brouillant tous les repères et en inversant les rôles des personnages. Dans la saison 2 par exemple où l'épisode "Effet Chocolat" voit tous les adultes de la ville redevenir des adolescents, notamment la mère de Buffy, Joyce, et son observateur, Giles, faire les quatre cents coups. Eux, si posés et sérieux, deviennent des rebelles : ils fument, volent un manteau dans un magasin, s'embrassent… Ou le proviseur du lycée, Snyder, transformé en adolescent peureux et cafteur… Ce sont alors les véritables adolescents qui doivent reprendre le contrôle sur leurs parents pour ramener un semblant d'ordre. Les scénaristes ont aussi recours à ce stratagème dans la saison 4, "Le mariage de Buffy" où la tueuse annonce à ses amis sa passion amoureuse et son mariage imminent avec Spike, vampire qu'elle déteste alors.
Enfin, un dernier élément humoristique est utilisé dans Buffy et est une grande innovation en matière de série fantastique : la rupture avec la trame convenue des séries de ce genre. En effet, comme le note Scott Westerfeld8, dans une série fantastique, "Tout revient à la normale à la fin de l'épisode. Un retour à un jour calme et normal est toujours effectué. E.T retourne chez lui. C'est comme si il y avait une espèce de loi naturelle, un principe de conservation de la normalité qui font disparaître les preuves à la fin de l'histoire. (…) L'un des passages obligés de ce type d'histoires est l'incrédulité, le moment où les protagonistes disent "Ca ne peut pas arriver !" (…) Heureusement, les scénaristes de Buffy emploient un nombre de stratégies incalculables pour contrevenir à ce petit rituel, utilisant l'humour et l'euphémisme pour passer outre les habituelles protestations d'incrédulité. (…) Dans le premier épisode de la série, [Buffy] évince la litanie de Giles sur les devoirs d'une tueuse par un "… la puissance et l'adresse de chasser les vampires, d'arrêter le déferlement du mal, bla, bla, bla. J'ai entendu, OK ? Je suis déjà venue ici et j'ai déjà fait ça !". Pour la tueuse elle-même, il n'y a pas de temps perdu pour l'incrédulité". Il en va de même pour ses amis, qui sont très vite confrontés aux forces du mal, et admettent leurs existences immédiatement. Quant aux personnages qui ne sont à priori pas dans le secret, l'annonce de l'existence de démons est également très vite expédiée. Scott Westerfeld note notamment un dialogue entre Giles et Jenny Calendar, professeur au lycée de Sunnydale à ce propos :
"Giles : J'ai besoin de votre aide mais avant j'ai besoin que vous croyiez en quelque chose que vous ne voudrez peut être pas croire. Hum… Il y a… Hum… Quelque chose est à… hum… à l'intérieur… hum… Il y a un démon dans l'Internet
Cette forme d'humour qui contrevient aux règles du genre est utilisée de nombreuses fois tout au long de la série. Nulle thèse du complot dans Buffy, nul espoir de retour à la normale. Leur quotidien est fait de vampires et de démon et c'est "normal". C'est admis. Et il n'y a pas de raison que cela change.
7 "Les miroirs de la vie" par Martin Winckler Editions Le Passage
8 "Seven seasons of Buffy, science fiction and fantasy writers discuss their favorite television show". Œuvre collective. Editions Glenn Yeffeth.
Comme nous l'avons vu précédemment, l'humour n'est pas le fort des séries fantastiques. Utilisé parfois au cinéma pour ce genre, il reste fermé à la télévision. Pour le petit écran en effet, le fantastique ou l'horreur, sont des choses sérieuses. Sauf pour Buffy Contre Les Vampires.
C'est une des raisons qui font de Buffy une série véritablement innovante et la sort définitivement et dès la première vision, de la "case série B ou Z" : l'humour y est constant et volontaire. Plus que l'humour, c'est même l'autodérision qui prime. Buffy Contre Les Vampires ne se prend pas au sérieux.
Patrick Porter, dans son article sur les séries cultes, explique que l'une des raisons qui ont fait de Buffy une série culte est l'humour : "La lecture de Buffy comme une série culte peut être attribuée à de nombreuses particularités identifiables (…) Buffy offre (…) un réarrangement ludique d'éléments syntaxiques et sémantiques universels par des valeurs humoristiques et impertinentes, [et] (…) une réflexion sur elle-même se manifestant par sa propre dépréciation (…)". De même, Martin Winckler7 déclare : "Je n'ai pas honte de dire que j'aime beaucoup Buffy The Vampire Slayer (…) parce qu'elle est pleine d'humour et ne se prend pas toujours au sérieux".
Il est difficile de démontrer par l'exemple l'humour contenu dans Buffy car il est omniprésent, et se manifeste par petites touches régulières tout au long de la série. De plus il n'y a pas un seul personnage humoristique dans la série. Certains se prêtent plus à une lecture humoristique de par leur statut :
- C'est le cas d'Anya, ancien démon devenue humaine, qui ne connaît pas les coutumes humaines et a donc la particularité de mettre les pieds dans le plat le plus souvent possible.
- C'est le cas d'Alex, gaffeur patenté. Outre les innombrables gaffes verbales dont il est l'auteur, Alex a tendance à jeter des sorts sans le vouloir : se rendre irrésistible aux yeux de toutes les filles quand il ne veut en viser qu'une, et provoquer une émeute (Saison 2, "Un charme déroutant"), se transformer en Hyène (Saison 1, "Les hyènes"), faire apparaître un double (Saison 5, "Le double") etc.
- C'est le cas d'Harmony, ancienne petite peste du lycée devenue vampire et restée particulièrement idiote. Elle tente plusieurs fois de tuer Buffy mais sa bêtise justifie qu'elle ne mérite même pas d'être éliminée par la tueuse.
- C'est le cas de Spike jusqu'à la saison 6, qui est un vampire raté (à partir de la sixième saison, le rôle de Spike devient tout autre)
- C'est le cas d'Andrew (Saison 7), ancien "méchant" raté, passé du bon côté, qui est froussard et souvent enfantin. Dans la saison 7, Andrew est l'élément comique.
Mais tous les personnages de la série ont leur dose d'humour.
Si Buffy se sert régulièrement de l'humour comme d'une arme (à la manière d'un John McLane dans "Piège de Cristal" par exemple) en combattant tout en multipliant les joutes verbales humoristiques avec ses adversaires, elle peut aussi devenir un personnage pleinement humoristique lorsqu'elle sort de son rôle. Plusieurs épisodes utilisent ce recours. Un effet particulièrement drôle puisque le téléspectateur sait qu'elle est la tueuse, tout en admettant implicitement que le concept même de la série (une élue) peut n'être qu'une supercherie…
Dans la saison 2, l'épisode "Halloween" transforme Buffy en une jeune fille du 18ème siècle : elle devient peureuse, paniquée face aux vampires et autres démons. Même recours dans la saison 6, où l'épisode "Tabula Rasa" fait perdre la mémoire à tous les personnages. L'effet comique n'agit pas seulement sur la tueuse mais sur tous les personnages : Spike, vampire de son état, est persuadé de s'appeler Candide et d'être le fils de Giles, l'observateur de Buffy. Giles quant à lui déduit être marié avec Anya. Willow pense être la petite amie d'Alex et Buffy se voit comme une jeune fille ordinaire (donc, paniquée quand le gang est attaqué par des démons). En combattant elle se rend compte de son pouvoir et découvre aussi que Spike-Candide est un vampire. Cette scène est l'occasion d'un clin d'œil, puisque Spike décrète alors être noble, "Un vampire avec une âme", ce que Buffy s'empresse de définir comme un éclopé (or, dans les trois premières saisons, le grand amour de Buffy n'est autre qu'Angel, un vampire avec une âme)… Même procédé dans la saison 7 également, avec l'épisode "Folles de lui" dans lequel Dawn, la petite sœur de Buffy tombe soudainement amoureuse d'un garçon de son lycée. Pour l'aider à conserver sa place dans l'équipe de football elle pousse l'un de ses rivaux dans l'escalier. On attend de Buffy qu'elle la sermonne. Au contraire, elle tombe elle aussi sous le charme du jeune homme et manque de le violer dans son bureau ! Buffy est redevenue une adolescente, éperdument amoureuse, gamine et ridicule.
Buffy n’est pas la seule femme de la série à combiner la beauté et la force. Durant toute la série, les personnages les plus puissants sont des femmes. La bande de départ, celle qui ne changera pas tout au long des sept saisons de la série, est composée de Buffy, Willow, Alex et Giles. Les autres personnages sont ce que l'on pourrait appeler des "pièces rapportées".
Alex et Giles, les deux hommes, sont souvent cantonnés aux rôles de confidents ou d'observateurs, quand Buffy et Willow combattent… Et s'il est admis dès le départ que Buffy est l'élue, Willow, elle, acquiert sa force au fil des épisodes. Elle trouve sa voie. D'abord cantonnée au rôle de bonne élève pour qui l'ordinateur et la recherche sur le Web n'ont aucun secret (don déjà très utile pour savoir à quel démon la tueuse va avoir à faire), elle se découvre bientôt une attirance pour la magie. Jusqu'à devenir une sorcière extrêmement puissante. Elle basculera du côté obscur en voulant venger sa petite amie mais aura droit à sa rédemption : dans l'épisode final de la série elle deviendra même une sorcière blanche (voire une déesse) en aidant la tueuse à sauver le monde. Le personnage de Willow est certainement l'un des plus complexes de la série. Bonne élève, mais insignifiante, elle devient sorcière. Hétérosexuelle, elle devient lesbienne. Foncièrement bonne, elle devient mauvaise, avant de choisir à nouveau le bon côté. Willow est sans aucun doute la deuxième figure féminine forte de la série, après Buffy. Et le fait qu'elle devienne homosexuelle, sans renforcer pour autant le côté féministe de la série, renforce certainement son côté (son quota) féminin…
Par ailleurs, la série se distingue aussi par l'absence du père de Buffy. La mère en revanche en est une figure forte. Buffy vit seule avec elle à Sunnydale. Sa mère est une figure typique de la femme des années 80 : divorcée, elle assure seule toutes les charges des parents. L'image du père est replacée sur Giles, son observateur. Mais celui-ci n'a qu'une autorité relative sur la tueuse, n'ayant d'autre légitimité que celle qu'elle veut bien lui accorder. Enfin, lorsque à la cinquième saison, Buffy –par un miracle du scénario- cesse d'être fille unique, c'est une petite sœur, et non un frère, qui s'intègre dans cette famille monoparentale !
Autres hommes, les petits amis de Buffy sont généralement au centre de l'histoire. Dans les trois premières saisons, Angel est une figure phare de la série. Petit ami de Buffy, il est aussi un vampire doté d'une âme. Son personnage a beau être extrêmement important et son histoire d'amour avec Buffy a beau être centrale, elle ne dépend que des femmes. Ce sont elles qui ont le pouvoir sur Angel. Vampire, il est amoureux de la tueuse de vampires. Quand, au milieu de la deuxième saison, Buffy et Angel font l'amour, il perd son âme et redevient démoniaque. Buffy a le pouvoir de le rendre mauvais en se donnant à lui… Jusqu'à la fin de la saison 2, les pouvoirs sont inversés, puisque Buffy se refuse à le tuer par amour, bien qu'il fasse le mal et qu'il s'attaque particulièrement à elle et à ses amis. A la fin de la saison pourtant, elle le tuera pour sauver le monde.
Deuxième petit ami de Buffy, Riley n'est ni un vampire, ni un démon. C'est l'équivalent masculin de la tueuse : un militaire chassant les forces du mal. Sherryl Vint analyse ainsi : "L'événement majeur dans la vie amoureuse de Buffy pendant la quatrième et la cinquième saison est le remplacement d'Angel par un nouveau petit ami, Riley, et sa rupture avec Riley quand il choisit de poursuivre sa carrière militaire plutôt que sa relation amoureuse. (…) Riley est incapable d'accepter sa relation avec Buffy. Il pense que Buffy n'a pas "besoin" de lui et ne peut imaginer un rôle dans sa vie si ce n'est celui de protecteur". Riley peut ainsi être défini comme la représentation du macho, de l'homme qui a besoin de se sentir plus fort que la femme qu'il aime. Et Buffy étant plus forte que lui, il la quitte.
Enfin, dernier petit ami de Buffy, Spike, un vampire sans âme. Une relation au départ destructrice : Buffy ne l'estime pas mais a des relations sexuelles avec lui par manque d'estime pour elle-même. Dans cette relation, le sexe est destructeur. On pourrait dire que Buffy se sert du sexe comme un homme : elle va voir Spike quand elle le désire, rompt avec lui, retourne le voir… Spike est l'homme objet. Et il nourrit une véritable obsession pour Buffy. C'est elle qui y met fin, qui reprend le dessus. Lorsqu'elle rompt avec Spike, celui ci part à la recherche d'un moyen de se venger d'elle. Finalement il récupère son âme. Indirectement, Buffy le rend humain puisqu'il récupère une âme grâce à elle, sans qu'elle le sache ni même qu'elle le veuille. Directement, elle le rend bon : dans la septième saison, elle l'aide à retrouver la raison, une relation de tendresse s'instaure entre eux, et il se sacrifie, aux côtés de Buffy, pour sauver le monde.
Mais c'est durant le tout dernier épisode de la série, que Buffy Contre les vampires est incontestablement et irrémédiablement féministe. Pour vaincre le mal absolu, Buffy décide d'abandonner son statut d'élue. Elle distribue le pouvoir de la tueuse "à toutes les tueuses potentielles. A toutes les femmes qui peuvent ou qui veulent recevoir ce pouvoir". Grâce à Buffy, toutes les femmes peuvent devenir puissantes !
Il y a deux semaines, Mathieu Kassovitz était l'invité de Jour de Fête, l’émission de cinéma de France 2. Kasso, il ne fait pas beaucoup d’apparition à la télévision, ça faisait même un petit moment qu’on ne l’avait pas vu. Là il avait choisi, comme le souligne plusieurs fois Isabelle Giordano, cette émission pour donner son point de vue sur le cinéma mais aussi sur plein de truc. Kasso, c’est pas le genre langue de bois. C’est plutôt le genre qui s’engage, qui s’énerve même, qui n’aime pas trop les shows. D’ailleurs, il s’énerve un peu contre la télé. Il dit que les gens quand ils rentrent de leur boulot, qu’ils sont crevés ils allument la télé et ils regardent ce qu’on leur donne : de la merde (bon en même temps, Arte fait des audiences pitoyables par rapport à TF1, pourtant les gens ont le choix.. mais passons). Il dit que quand il regarde les émissions de talk show comme celle de Fogiel, il voit toutes les deux semaines les mêmes invités et il ne sait même plus qui fait quoi, à part passer à la télé. Qu’il ne comprend pas pourquoi on n’invite pas monsieur Trucmuche à parler parce que M. Trucmuche il a aussi des choses à dire. Alors pourquoi on n’écoute pas Trucmuche plutôt qu’une personne célèbre ? Pourquoi quelqu’un qui affiche sa tronche à la télé aurait plus de légitimité que M. Trucmuche ? Et en même temps, il sait bien que Trucmuche, personne ne l’écouterait… Alors, il fait comme tout le monde Kasso, il profite de sa célébrité pour passer à la télé. Pour dire ce qu’il a sur le cœur. Parce que je rappelle que pour dire ça, Mathieu Kassovitz se trouve à la télé. Dans le petit écran qu’il décrie tant. Et qu’on l’a invité là parce qu’il s’appelle Mathieu Kassovitz.
Après, il part sur Sarkozy, sur le fait que pendant l’été, Sarkozy va faire passer une loi qui autorisera les policiers à rentrer dans les écoles, pour chercher les petits noirs, les petits arabes et les renvoyer dans un pays qu’ils n’ont jamais connu. Mathieu Kassovitz dit qu’il ne faut pas se voiler la face, que si on laisse passer ça on est « comme les américains », George Bush- Nicolas Sarkozy, même combat ! On ne parle plus du tout de cinéma là. On n’en a pas beaucoup parlé d’ailleurs, à part l’analyse technique d’un plan de la Guerre des Mondes de Spielberg, et les projets d’adaptation de Babylon Babies…
Quitte à passer à la télé, Mathieu dit tout ce qu’il a sur le cœur. Et, plus fort encore, Isabelle Giordano, conclut, tout sourire, d’un même ton, égal et joyeux de la parfaite maîtresse de cérémonie: "Merci d’être venu vous exprimer, Mathieu Kassovitz, merci d’avoir choisi Jour de Fête pour faire passer vos opinions, et surtout, j’espère vraiment que tout le monde vous aura entendu".
C’est dit d’un air tellement jovial, tellement attendu, comme une transition nulle de sens, comme d’habitude quoi, qu’on met un moment à réaliser qu’elle vient, elle aussi, d’exprimer une opinion. De prendre position. Paf. L’air de rien.
On se demande même si elle s'en est rendu compte, tant son ton n'a pas varié d'un poil. Ca ouvre même un autre débat : peut-on tout exprimer d'un ton égal et avec le sourire ? Est-ce que des opinions extrêmes ou dérangeantes ou engagées auraient le même impact si elles étaient dites avec le sourire d'une Isabelle Giordano ? Parce que Kassovitz, durant l'interview, il s'est animé, il s'est énervé, il a haussé la voix, ses gestes, sa posture, son attitude générale ont véhiculé ses propos. Mais Isabelle, non. Isabelle dit (si je traduis bien) "J'espère que tout le monde aura bien entendu la comparaison que vous venez de faire entre Bush et Sarkozy" de la même manière qu'elle aurait dit "J'espère que tout le monde ira voir votre film". Les téléspectateurs ont-ils entendu la première ou la deuxième version ? Sont-il allé au-delà des apparences ? Ce qui est sûr c'est que Mathieu Kassovitz l'a entendu, lui. Parce qu'il la regarde avec un air à la fois interloqué, et ravi.
Scoop ! Perdu de Vue revient ! elle nous avait manquée, cette émission, avec Jacques Pradel en maître de cérémonie, yeux de chien battu bien comme il faut pour compatir avec les victimes, pardon, les familles qui cherchent depuis si longtemps un proche disparu. On manquait un peu de larmes, de compassion, de vécu, dans la nouvelle télé d’aujourd’hui. Et bien Jacques Pradel ne revient pas, mais Perdu de vue si. Ca se passe sur M6 et ça s’appelle "Passé retrouvé". Ca se passe aussi sur la Une et ça s’appelle "En quête de vérité". Car "Perdu de Vue" ne revient pas une fois mesdames et messieurs, mais deux fois ! Parfaitement ! Une fois sur M6, et une fois sur TF1. Preuve que ça nous avait vraiment manqué, ça oui.D’ailleurs, en parlant des gens perdus de vue, France 3 fait pas mal aussi dans son genre… Récapitulons depuis le début. Il y a quelques années j’avais regardé un épisode de "Ca se discute" consacré aux célibataires. On y voyait, entre autre, un agriculteur vivant toujours chez ses parents, en quête de l’âme sœur. Il passait des annonces en cachettes de sa famille et rencontrait quelques jeunes femmes. Sans succès. Comme il s’agissait d’un "Ca se discute Jour après jour" quelques temps après, j’avais revu le même agriculteur qui venait donner des nouvelles de son célibat. Figurez vous que l’émission avait suscité de nombreuses réactions chez le public féminin puisque le bonhomme avait reçu à la suite de sa diffusion quelques centaines de lettres, dont certaines carrément enflammées si ma mémoire est bonne !
C’est marrant parce que l’autre jour sur M6 "Zone Interdite" consacrait un numéro spécial aux célibataires en quête de l’âme sœur. On y voyait, tenez vous bien c’est original, un agriculteur, qui s’était inscrit sur Internet pour trouver chaussure à son pied. A la fin du reportage (qui datait de 2004 quand même) Anne Sophie Lapix annonce : "Deux ans plus tard nous sommes allés revoir tous ces célibataires". Et bien figurez-vous que, dingue, la diffusion de l’émission (en 2004, vous suivez ?) avait suscité de nombreuses réactions chez le public féminin. L’agriculteur avait alors reçu des centaines de lettres, oui sans blague, des centaines de lettres de femmes souhaitant le rencontrer. Et il l'a trouvé, l’âme sœur (là, en 2006) !
Vous allez me dire que j’ai perdu le fil, que j’ai commencé par parler de France 3 mais qu’on ne voit plus le rapport, et que "Perdu de vue" est bien loin de tout ça aussi. Détrompez-vous, c’est là que la journaliste qui sommeille en moi est vachement forte, je vais retomber sur mes pieds : pas plus tard que juste après la diffusion de "Zone Interdite", je zappe sur France 3, donc (on y vient), et je tombe sur une bande annonce pour un reportage sur les célibataires (non ??? Si.) qui cherchent (tous avec moi :) l’âme sœur. Et qui je vois dans la bande annonce ? Mon agriculteur de "Ca se discute" ! Celui d’il y a au moins quatre ans déjà ! Qui a l’air d’être retourné à la case départ, bien avant d’avoir reçu toutes les lettres enflammées suite à la diffusion de l’émission (laquelle ne doit pas encore avoir été diffusée à l'heure du reportage, je ne sais pas si vous me suivez bien, là) et qui n’a pas l’air de savoir qu’il va susciter un tel engouement (forcément)…
A la télé, on perd jamais de vue les gens bien longtemps (et toc. Même avec "Perdu de Vue" j’arrive à faire un lien à la fin.)
J'aurais bien aimé vous parler de Lunar Park, le dernier livre de Bret Easton Ellis, mais je ne peux pas. Ca fait plusieurs mois que je l'ai lu, plusieurs mois que je le digère, donc, mais malgré tout, je n'arrive pas à exprimer ce que j'ai ressenti. Pas bien en tout cas. Je peux dire que c'est un bouquin génial, fabuleux, fantastique... les qualificatifs ne manquent pas, mais ce n'est pas instructif, ça, même si c'est vrai. Lunar Park, c'est un livre hallucinant (au sens propre et au sens figuré), et bluffant tant l'écriture est maîtrisée.
Allez, j'essaye quand même.
C'est l'histoire d'un écrivain, Bret, millionnaire dès son premier livre, alors qu'il est âgé d'une vingtaine d'année. C'est l'histoire de ce type, qui, après avoir écrit quelques livres, tous best-sellers, après avoir testé toutes les drogues et arpenté toutes les fêtes, se retrouve en banlieue, marié deux enfants, une maîtresse. C'est l'histoire de Bret Easton Ellis, qui disjoncte sévère quand même au bout d'un moment. Mais ce n'est pas la vraie histoire de Bret Easton Ellis, l'écrivain, enfin, plus exactement ce sont des bribes de vérité mélangées à des bribes de fiction. Au lecteur de faire le tri, s'il le souhaite.
C'est surtout un livre d'une maîtrise absolue. Ironique, cynique quand il décrit les scènes de la vie quotidienne. Angoissant quand son univers se met à tomber en miettes. Fascinant. Complexe sans être compliqué. Un petit bijou à lire absolument. Après l'avoir dévoré en une semaine, je n'ai plus pu lire que des romans faciles, histoire de ne pas m'encombrer la tête avec d'autres choses. Histoire de conserver un "temps de cerveau disponible" pour continuer à savourer Lunar Park, pour continuer à y penser, tranquille.
C'est durant cette période que j'ai lu "Au pays de Dieu" le récit de voyage de Douglas Kennedy sur la "ceinture de la Bible". Bon. Il faut être intéressé par les Etats Unis et leurs moeurs pour lire ça. Il faut aussi être aussi fasciné que l'auteur par le phénomène ultra religieux qui a cours là bas. Mais quand on réunit ses deux conditions, le livre est véritablement passionnant et sidérant. Aussi hallucinant que les hallu de Lunar Park, sauf que là, c'est vrai, c'est du vécu, c'est du docu. Même si Douglas Kennedy, dans sa préface, revendique le côté subjectif et donc parfois presque fictionnel parce que romancé, de son récit. Tout comme Bret Easton Ellis revendique le côté autobiographique de son livre, avec plein de faux dedans... Hum...
Encore après, j'ai lu "Ensemble c'est tout d'Anna Gavalda. Un bouquin sympa. Et là, c'est clair. C'est un roman, c'est tout.