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Jeudi 13 juillet 2006

Comme nous l'avons vu précédemment, l'humour n'est pas le fort des séries fantastiques. Utilisé parfois au cinéma pour ce genre, il reste fermé à la télévision. Pour le petit écran en effet, le fantastique ou l'horreur, sont des choses sérieuses. Sauf pour Buffy Contre Les Vampires.

C'est une des raisons qui font de Buffy une série véritablement innovante et la sort définitivement et dès la première vision, de la "case série B ou Z" : l'humour y est constant et volontaire. Plus que l'humour, c'est même l'autodérision qui prime. Buffy Contre Les Vampires ne se prend pas au sérieux.

Patrick Porter, dans son article sur les séries cultes, explique que l'une des raisons qui ont fait de Buffy une série culte est l'humour : "La lecture de Buffy comme une série culte peut être attribuée à de nombreuses particularités identifiables (…) Buffy offre (…) un réarrangement ludique d'éléments syntaxiques et sémantiques universels par des valeurs humoristiques et impertinentes, [et] (…) une réflexion sur elle-même se manifestant par sa propre dépréciation (…)". De même, Martin Winckler7 déclare : "Je n'ai pas honte de dire que j'aime beaucoup Buffy The Vampire Slayer (…) parce qu'elle est pleine d'humour et ne se prend pas toujours au sérieux".

Il est difficile de démontrer par l'exemple l'humour contenu dans Buffy car il est omniprésent, et se manifeste par petites touches régulières tout au long de la série. De plus il n'y a pas un seul personnage humoristique dans la série. Certains se prêtent plus à une lecture humoristique de par leur statut :

- C'est le cas d'Anya, ancien démon devenue humaine, qui ne connaît pas les coutumes humaines et a donc la particularité de mettre les pieds dans le plat le plus souvent possible.

- C'est le cas d'Alex, gaffeur patenté. Outre les innombrables gaffes verbales dont il est l'auteur, Alex a tendance à jeter des sorts sans le vouloir : se rendre irrésistible aux yeux de toutes les filles quand il ne veut en viser qu'une, et provoquer une émeute (Saison 2, "Un charme déroutant"), se transformer en Hyène (Saison 1, "Les hyènes"), faire apparaître un double (Saison 5, "Le double") etc.

- C'est le cas d'Harmony, ancienne petite peste du lycée devenue vampire et restée particulièrement idiote. Elle tente plusieurs fois de tuer Buffy mais sa bêtise justifie qu'elle ne mérite même pas d'être éliminée par la tueuse.

- C'est le cas de Spike jusqu'à la saison 6, qui est un vampire raté (à partir de la sixième saison, le rôle de Spike devient tout autre)

- C'est le cas d'Andrew (Saison 7), ancien "méchant" raté, passé du bon côté, qui est froussard et souvent enfantin. Dans la saison 7, Andrew est l'élément comique.

Mais tous les personnages de la série ont leur dose d'humour.

Si Buffy se sert régulièrement de l'humour comme d'une arme (à la manière d'un John McLane dans "Piège de Cristal" par exemple) en combattant tout en multipliant les joutes verbales humoristiques avec ses adversaires, elle peut aussi devenir un personnage pleinement humoristique lorsqu'elle sort de son rôle. Plusieurs épisodes utilisent ce recours. Un effet particulièrement drôle puisque le téléspectateur sait qu'elle est la tueuse, tout en admettant implicitement que le concept même de la série (une élue) peut n'être qu'une supercherie…

Dans la saison 2, l'épisode "Halloween" transforme Buffy en une jeune fille du 18ème siècle : elle devient peureuse, paniquée face aux vampires et autres démons. Même recours dans la saison 6, où l'épisode "Tabula Rasa" fait perdre la mémoire à tous les personnages. L'effet comique n'agit pas seulement sur la tueuse mais sur tous les personnages : Spike, vampire de son état, est persuadé de s'appeler Candide et d'être le fils de Giles, l'observateur de Buffy. Giles quant à lui déduit être marié avec Anya. Willow pense être la petite amie d'Alex et Buffy se voit comme une jeune fille ordinaire (donc, paniquée quand le gang est attaqué par des démons). En combattant elle se rend compte de son pouvoir et découvre aussi que Spike-Candide est un vampire. Cette scène est l'occasion d'un clin d'œil, puisque Spike décrète alors être noble, "Un vampire avec une âme", ce que Buffy s'empresse de définir comme un éclopé (or, dans les trois premières saisons, le grand amour de Buffy n'est autre qu'Angel, un vampire avec une âme)… Même procédé dans la saison 7 également, avec l'épisode "Folles de lui" dans lequel Dawn, la petite sœur de Buffy tombe soudainement amoureuse d'un garçon de son lycée. Pour l'aider à conserver sa place dans l'équipe de football elle pousse l'un de ses rivaux dans l'escalier. On attend de Buffy qu'elle la sermonne. Au contraire, elle tombe elle aussi sous le charme du jeune homme et manque de le violer dans son bureau ! Buffy est redevenue une adolescente, éperdument amoureuse, gamine et ridicule.




Mardi 11 juillet 2006

Buffy n’est pas la seule femme de la série à combiner la beauté et la force. Durant toute la série, les personnages les plus puissants sont des femmes. La bande de départ, celle qui ne changera pas tout au long des sept saisons de la série, est composée de Buffy, Willow, Alex et Giles. Les autres personnages sont ce que l'on pourrait appeler des "pièces rapportées".

Alex et Giles, les deux hommes, sont souvent cantonnés aux rôles de confidents ou d'observateurs, quand Buffy et Willow combattent… Et s'il est admis dès le départ que Buffy est l'élue, Willow, elle, acquiert sa force au fil des épisodes. Elle trouve sa voie. D'abord cantonnée au rôle de bonne élève pour qui l'ordinateur et la recherche sur le Web n'ont aucun secret (don déjà très utile pour savoir à quel démon la tueuse va avoir à faire), elle se découvre bientôt une attirance pour la magie. Jusqu'à devenir une sorcière extrêmement puissante. Elle basculera du côté obscur en voulant venger sa petite amie mais aura droit à sa rédemption : dans l'épisode final de la série elle deviendra même une sorcière blanche (voire une déesse) en aidant la tueuse à sauver le monde. Le personnage de Willow est certainement l'un des plus complexes de la série. Bonne élève, mais insignifiante, elle devient sorcière. Hétérosexuelle, elle devient lesbienne. Foncièrement bonne, elle devient mauvaise, avant de choisir à nouveau le bon côté. Willow est sans aucun doute la deuxième figure féminine forte de la série, après Buffy. Et le fait qu'elle devienne homosexuelle, sans renforcer pour autant le côté féministe de la série, renforce certainement son côté (son quota) féminin…

Par ailleurs, la série se distingue aussi par l'absence du père de Buffy. La mère en revanche en est une figure forte. Buffy vit seule avec elle à Sunnydale. Sa mère est une figure typique de la femme des années 80 : divorcée, elle assure seule toutes les charges des parents. L'image du père est replacée sur Giles, son observateur. Mais celui-ci n'a qu'une autorité relative sur la tueuse, n'ayant d'autre légitimité que celle qu'elle veut bien lui accorder. Enfin, lorsque à la cinquième saison, Buffy –par un miracle du scénario- cesse d'être fille unique, c'est une petite sœur, et non un frère, qui s'intègre dans cette famille monoparentale !

Autres hommes, les petits amis de Buffy sont généralement au centre de l'histoire. Dans les trois premières saisons, Angel est une figure phare de la série. Petit ami de Buffy, il est aussi un vampire doté d'une âme. Son personnage a beau être extrêmement important et son histoire d'amour avec Buffy a beau être centrale, elle ne dépend que des femmes. Ce sont elles qui ont le pouvoir sur Angel. Vampire, il est amoureux de la tueuse de vampires. Quand, au milieu de la deuxième saison, Buffy et Angel font l'amour, il perd son âme et redevient démoniaque. Buffy a le pouvoir de le rendre mauvais en se donnant à lui… Jusqu'à la fin de la saison 2, les pouvoirs sont inversés, puisque Buffy se refuse à le tuer par amour, bien qu'il fasse le mal et qu'il s'attaque particulièrement à elle et à ses amis. A la fin de la saison pourtant, elle le tuera pour sauver le monde.

Deuxième petit ami de Buffy, Riley n'est ni un vampire, ni un démon. C'est l'équivalent masculin de la tueuse : un militaire chassant les forces du mal. Sherryl Vint analyse ainsi : "L'événement majeur dans la vie amoureuse de Buffy pendant la quatrième et la cinquième saison est le remplacement d'Angel par un nouveau petit ami, Riley, et sa rupture avec Riley quand il choisit de poursuivre sa carrière militaire plutôt que sa relation amoureuse. (…) Riley est incapable d'accepter sa relation avec Buffy. Il pense que Buffy n'a pas "besoin" de lui et ne peut imaginer un rôle dans sa vie si ce n'est celui de protecteur". Riley peut ainsi être défini comme la représentation du macho, de l'homme qui a besoin de se sentir plus fort que la femme qu'il aime. Et Buffy étant plus forte que lui, il la quitte.

Enfin, dernier petit ami de Buffy, Spike, un vampire sans âme. Une relation au départ destructrice : Buffy ne l'estime pas mais a des relations sexuelles avec lui par manque d'estime pour elle-même. Dans cette relation, le sexe est destructeur. On pourrait dire que Buffy se sert du sexe comme un homme : elle va voir Spike quand elle le désire, rompt avec lui, retourne le voir… Spike est l'homme objet. Et il nourrit une véritable obsession pour Buffy. C'est elle qui y met fin, qui reprend le dessus. Lorsqu'elle rompt avec Spike, celui ci part à la recherche d'un moyen de se venger d'elle. Finalement il récupère son âme. Indirectement, Buffy le rend humain puisqu'il récupère une âme grâce à elle, sans qu'elle le sache ni même qu'elle le veuille. Directement, elle le rend bon : dans la septième saison, elle l'aide à retrouver la raison, une relation de tendresse s'instaure entre eux, et il se sacrifie, aux côtés de Buffy, pour sauver le monde.

Mais c'est durant le tout dernier épisode de la série, que Buffy Contre les vampires est incontestablement et irrémédiablement féministe. Pour vaincre le mal absolu, Buffy décide d'abandonner son statut d'élue. Elle distribue le pouvoir de la tueuse "à toutes les tueuses potentielles. A toutes les femmes qui peuvent ou qui veulent recevoir ce pouvoir". Grâce à Buffy, toutes les femmes peuvent devenir puissantes !

 
 
 
 
Dimanche 25 juin 2006

Dans le magazine Xposé numéro 10, Sarah Michelle Gellar (Buffy à l'écran) déclare : "Quand j'étais petite, les héroïnes des séries télévisées que je regardais -je pense à Facts of Life, Growing Pains ou Family Ties- étaient des cruches, ou, pires encore, des filles intelligentes qui se faisaient passer volontairement pour des cruches pour pouvoir séduire le garçon qu'elles aimaient. (…) Ce que je trouve intéressant avec les nouvelles héroïnes des séries télévisées, avec Buffy, pour ne pas la nommer, c'est qu'elles donnent aux jeunes filles des figures auxquelles elles peuvent s'identifier et qui leur permettent de gagner une véritable indépendance.". L'indépendance des femmes, le "girl power" est en effet l'une des données essentielles de Buffy Contre les Vampires.

A l'époque où la série commence à être diffusée, les Spice Girls sont en haut de l'affiche et inventent le concept de "girl power", ou le féminisme adapté à la fin du siècle. Buffy peut totalement être assimilée à cette mouvance. A elle seule, elle combine les particularités des cinq Spice Girls : "intello chic", piquante, sportive, baby doll, provocante.

Joss Whedon, le créateur de la série, a d'ailleurs maintes fois déclaré que l'inspiration lui était venue de cet archétype des films d'horreur qui montre une jeune fille blonde marcher tranquillement dans une ruelle se faire tuer. "Elle s'amusait, elle faisait l'amour, elle était pétulante. Mais tout de suite après, elle était punie pour toutes ces raisons. Du coup, j'avais dans la tête une tout autre scène : et si cette fille marchait dans cette ruelle obscure, si elle était suivi par un démon, mais que ce soit elle qui le détruise !"5. D'ailleurs, le premier épisode de la série Buffy Contre les Vampires commence de cette manière. On y voit un jeune couple semblant chercher un endroit tranquille pour un rendez-vous amoureux. La fille a l'air nerveux, comme si elle n'était pas sûre d'elle, comme si elle n'avait pas envie d'être là. Cette scène induit l'idée qu'elle prend un risque. C'est elle qui court un danger. Finalement, elle se retourne brusquement : elle s'est transformé en vampire et tue son compagnon ! "Je voulais que [Buffy] soit un phénomène culturel. Je voulais qu'il y ait des poupées, des Barbies qui pratiquent le kung-fu"5.

Effectivement, au premier abord, Buffy est une simple lycéenne, innocente, blonde et superficielle. Lors d'un flash back, on la voit sortir de son précédent lycée, une sucette à la bouche, vêtue de rose et discutant en minaudant avec ses amies. Apprenant son destin de tueuse, Buffy devra faire face à de nouvelles responsabilités, mais ne se déparera pas de son côté profondément féminin. Durant les deux premières saisons de la série, elle multiplie les allusions au fait qu'elle aimerait vivre une vie normale, avoir des petits amis, être populaire et sortir le soir ailleurs que dans les cimetières. Plusieurs épisodes tournent d'ailleurs autour de ce thème : "Sortilège" (épisode 3 saison 1), où Buffy tente de devenir pom pom girl pour s'intégrer dans son lycée, ou "Le bal de fin d'année" (épisode 5, saison 3) où elle fait campagne pour être élue reine de la promo.

De même, elle reste toujours sexy et "tendance". Ce n'est pas parce qu'elle tue des vampires et des démons à longueur de nuits, qu'elle doit négliger son apparence. Comme le dit Sherryl Vint, "[Buffy] est plus qu'un objet sexuel, mais elle n'a pas besoin de s'interdire d'être sexy pour être une femme forte". Buffy Contre les Vampires véhicule donc l'image d'une femme à la fois puissante et belle. Sherryl Vint y trouve là encore une raison d'aimer la série, et plus particulièrement, son personnage principal "[Buffy] est une femme forte, une femme qui combat elle-même, sans attendre qu'un homme le fasse à sa place. Pour moi, Buffy annule le stéréotype de la femme assistée de mon enfance – la fille qui gagnait le cœur du héros, mais n'était jamais elle-même l'héroïne. Buffy me frappe en tant que modèle positif pour les jeunes femmes.". Un modèle qui pourrait certainement être atténué par l'idée que Buffy est l'élue, ce qui sous entendrait qu'elle est peut-être la seule femme à combiner la beauté et la force. Cependant ce n'est pas le cas.

 

4 Essai de Sherryl Vint “Killing us Softly”? A Feminist Search for the “Real” Buffy

5Interview de Joss Whedon par Tasha Robinson dans theOnionAVClub

Jeudi 22 juin 2006

1- Une série fantastique ?

Le fantastique est présent sur le petit écran depuis les débuts des séries (La quatrième dimension, 1965 sur l'ORTF, Les envahisseurs, 1969 sur l'ORTF, Belphégor, 1965 sur l'ORTF… ) et retrouve un nouveau souffle et un nouvel engouement avec la diffusion d'X-Files en 1994 sur les écrans français (en 1993 aux Etats-Unis). Mais les rôles principaux d'X Files sont tenus par deux agents du FBI, à savoir deux adultes, dont le travail, s'il reste secret pour le commun des mortels, est connu de leurs supérieurs.

Christophe Petit, dans le Guide des Séries Télé, conclut sa description de la série par ces mots : "(…) Son succès a permis à d'autres séries de science fiction de voir le jour, alors que le genre était moribond". Quatre ans plus tard, Buffy Contre les Vampires fait son apparition sur les écrans télévisés. On peut donc en déduire que la série surfe sur la vague des séries fantastiques remises au goût du jour par le succès d'X Files.

Cependant, Buffy Contre les Vampires s'en distingue aussi de nombreuses façons. Faire de ses héros des adolescents est l'une d'entre elles. Avant Buffy, le genre fantastique était une affaire d'homme, d'adulte… En un mot, une affaire sérieuse. Mulder et Scully, les héros d'X Files, commencent par enquêter sur des phénomènes paranormaux pour s'apercevoir bientôt que le gouvernement est à l'origine d'un immense complot destiné à manipuler, tromper et aveugler la population. Leurs statuts d'agent du FBI et de scientifique (Scully) leur ouvrent des portes et leur donnent accès à des savoirs qu'ils pourraient difficilement atteindre autrement. X Files est une "entreprise qui s'attaque aux fondements de la démocratie en clamant (…) que tous les gouvernants sont forcément corrompus et qu'il faut s'en défier"2.

Le genre fantastique se doit non seulement d'être sérieux, il est aussi et avant tout une affaire d'hommes. La littérature et le cinéma de science fiction étant plébiscités par les hommes, ses héros sont eux mêmes majoritairement masculins. Que ce soit dans Star Trek, Les Envahisseurs ou le Prisonnier, les héros sont des hommes. Et dans X Files où les personnages principaux sont un homme et une femme, c'est toujours l'homme qui part à la découverte des phénomènes paranormaux. Scully, sceptique, l'accompagne pour essayer de comprendre rationnellement les choses, pour apporter une explication scientifique. Sans Mulder, les dossiers non classés n'existeraient pas… Buffy Contre les Vampires est sans conteste une série fantastique. Mais elle en bouscule les codes. Après Buffy, la série fantastique peut devenir une affaire d'adolescent, de femme… et cela peut être drôle ! Introduire le féminisme dans la science fiction est en effet une distinction –innovation- introduite par Buffy. Manier l'humour et l'autodérision en est encore une autre…

2 Guide Totem des séries télé par Martin Winckler et Christophe Petit

 

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